Dans le collimateur de la justice : pourquoi Matata Ponyo s’agite-t-il

Le Président de la République avait juré de ne pas fouiner dans le passé, mais cette assurance d’impunité tombe progressivement en caduc et les dignitaires de l’ancien régime risquent d’être rattrapés. Au nombre de ces derniers, on peut citer Matata Ponyo, l’ancien premier ministre.

L’inspection générale des Finances l’avait bien épinglé parmi les acteurs politiques ayant contribué à la destruction du projet agro-industriel de Bukanga Lonzo. Après plusieurs mois d’attente, la justice congolaise devrait finalement éclairer l’opinion publique. C’est ainsi qu’un réquisitoire a été introduit auprès du bureau du sénat aux fins d’obtenir l’autorisation de poursuite judiciaire du premier ministre honoraire.
L’homme à la cravate rouge devrait se retrouver devant la justice au cas où le sénat accédait favorablement à la demande du parquet près la cour de cassation.

En attendant, le sénateur du Maniema n’a pas gardé sa langue dans sa poche.

« Je suis obligé d’écourter mon séjour africain afin de regagner mon pays pour faire face à une justice politiquement instrumentalisée », aura été sa première réaction depuis l’étranger.

Comme si cela ne suffisait pas, à peine rentré au pays, Augustin Matata Ponyo a réuni un parterre de journalistes avant de se livrer à une sorte d’attaque contre l’IGF. Il s’est efforcé de se disculper avant d’être invité à la barre, lieu indiqué pour convaincre et laver son « innocence » face au rapport accablant de la puissante inspection générale des finances.

« Bientôt, vous verrez ce document… Le dossier de l’IGF est truffé de mensonges. Comment peut-on parler de responsabilité intellectuelle d’ un premier ministre sur un dossier traité en conseil des ministres ? », s’est-il interrogé.

Et d’ajouter, « vous savez qui préside le conseil des ministres. Le premier ministre ne siège pas seul en conseil des ministres ». Et à Augustin Matata Ponyo de dénoncer « cette façon de l’IGF de s’obstiner à lier le détournement des ressources affectées pour ce projet à la seule personne du premier ministre de l’époque qu’il était (2012-2016), lui qui prétend avoir mieux servi la République avec des éléments probants depuis que la RDC a acquis son indépendance.

Pour les observateurs avertis, l’attitude de l’ancien premier ministre congolais, traduit la réaction de quelqu’un qui semble présager une suite judiciaire défavorable à son endroit, même s’il affirme par ailleurs n’avoir pas peur de la justice.

L’on retiendra – et c’est pour la prémiere fois depuis qu’il effectue ses différentes rotations de sortie et de retour à Kinshasa, que Matata Ponyo puisse mobiliser quelques partisans pour l’accueillir à l’aéroport de NDjili. Avec un sourire constipé, l’ancien membre du PPRD a voulu certainement transmettre un message : qu’il aurait d’estime auprès de la population à cause de son passage à la primature. Mais en réalité, le geste communicationnel concocté ne serait qu’un combat d’arrière-garde. Car, « celui qui ne se reproche de rien ne s’agite pas », dit-on.

En déphasage avec son parti politique le PPRD et apparemment en rivalité politique avec son ancien patron politique, Joseph Kabila, l’homme qui nourrit bien les ambitions de briguer la magistrature suprême risque de voir son rêve s’effriter en mi-chemin.

Néanmoins, avec sa comparution éventuelle, les congolais pourraient finalement comprendre la personne qui a – ou encore les acteurs qui ont – détourné les 205 millions de dollars américains alloués à la réalisation du projet agro-industriel de Bukanga lonzo. On saura la chaîne de détournement, pourvu que la « justice politiquement instrumentalisée » ne puisse pas céder aux déclarations et aux manœuvres politiques de l’accusé Matata Ponyo.

Nous y reviendrons !

Jean Médard LIWOSO

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