Report des élections des gouverneurs : prof S.Bokolopbe »gérer la République ne doit pas ressembler à une scène de vaudeville ou d’opérette »

L’actualité en République Démocratique du Congo reste dominée sur la dernière décision prise par le président Félix Tshisekedi , notamment de suspendre l’installation des sénateurs nouvellement élus et de reporter sine die les élections des gouverneurs et vice-gouverneurs des provinces prévues  le 27 mars 2019.

Plusieurs réactions critiques sont enregistrées de part et d’autre au sein de l’opinion congolaise. C’est le cas du  professeur de droit  et  député national , Sam Bokolombe qui pense qu’une telle décision peut retourner mal contre Félix Tshisekedi. Pour lui, le président aurait empiété aux prérogatives constitutionnelles de la commission électorale nationale indépendante.

Ci-dessous , la réflexion du professeur Sam Bokolombe que politiquerdc.net , a pris soin de reproduire en intégralité.

La République part en vrille!

L’Etat de droit que chacun appelle de ses vœux ne s’accommode pas d’états d’âme et ne doit pas être partisan et clientéliste. Ses règles s’imposent envers et contre tous, gouvernants comme gouvernés. Prendre de liberté quant à ce risque d’aggraver la tension ambiante que les élections présidentielle, législatives nationales et provinciales du 30 décembre 2018 dernier n’ont pas fini de provoquer sur fond de la vérité des urnes.

Si hier, l’on a à maintes fois reproché à la kabilie de violer intentionnellement la Constitution, ce n’est pas aujourd’hui que l’on s’y inclinerait. L’on ne peut, sauf cas de force majeure, état de guerre ou de siège, suspendre le processus électoral et différer la mise en place des institutions et ce, sur « décision » d’une structure de fait et incompétente qu’est la réunion interinstitutionnelle. C’est d’une énorme et flagrante inconstitutionnalité.

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Les enquêtes sur les allégations de corruption sont opportunes et légitimes dans le souci de moraliser la vie publique. Cependant, elles auraient pu également être diligentées à l’occasion des présidentielle et législatives nationales et provinciales du 30 décembre 2018. Fléau social et phénomène endémique dans l’environnement politique congolais, prendre aujourd’hui la corruption supposée des sénatoriales comme prétexte d’énerver le processus électoral et la mise en place des institutions semble grotesque et donne l’impression de vouloir prolonger l’inertie actuelle.

Ça ne coûte rien de faire proprement les choses conformément à la Constitution en respectant, bon gré mal gré, les attributions de chaque institution. Notamment à la CENI la poursuite du processus électoral et aux Cours et Tribunaux les enquêtes et éventuelles poursuites judiciaires des suspects pour corruption. Sinon, l’on s’engage sur une pente glissante, celle de haute trahison pour tentative de coup d’Etat. Il est temps de se ressaisir. Gérer la République ne doit pas ressembler à une scène de vaudeville ou d’opérette. Il sied de mesurer la gravité de ses responsabilités et d’en être conséquents.

Analyse du professeur de droit Sam Bokolombe

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