Par la rédaction
Répondre à Joseph Kabila, n’est-ce pas lui offrir l’oxygène politique dont il a besoin pour exister encore dans le débat national ?
Ancien Président de la République démocratique du Congo pendant dix-huit ans, Joseph Kabila est aujourd’hui condamné à mort par la Haute Cour militaire et recherché par la justice congolaise. Son nom reste au cœur des controverses politiques, notamment en raison des accusations liées à la crise sécuritaire dans l’Est de la RDC et de ses liens avec la rébellion M23-AFC et le Rwanda.
Pourtant, une question mérite d’être posée : faut-il encore accorder une tribune à un homme dont le parcours politique est désormais éclipsé par les procédures judiciaires et les graves accusations qui pèsent sur lui ?
À force de répondre à ses déclarations, ses adversaires ne risquent-ils pas de lui rendre une visibilité qu’il a progressivement perdue ?
En politique, toute polémique nourrit son protagoniste. Même une riposte sévère peut contribuer à replacer au centre du jeu celui que l’on prétend marginaliser.
Au demeurant, les réactions enregistrées, à l’issue du discours de l’ancien chef d’Etat, illustrent néanmoins la profondeur du fossé entre l’ancien régime et ses détracteurs.
Le ministre des Finances, Doudou Fwamba, a opposé aux critiques de Joseph Kabila les chiffres économiques avancés par le gouvernement de Félix Tshisekedi.
PIB, réserves de change, budget de l’État, accès aux marchés financiers et réformes sociales : le ministre défend une évolution qu’il juge incomparable avec la situation héritée en 2019.
De son côté, le journaliste Freddy Tshiyoyo rappelle que la rébellion ne saurait constituer une option politique acceptable pour un ancien chef de l’État qui bénéficiait encore du statut de sénateur à vie.
Jean Romance Mokolo, lui, renvoie Joseph Kabila aux contradictions qu’il estime relever de son propre bilan institutionnel.
Quant au porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya, il dénonce un homme du passé qui, selon lui, n’aurait plus rien « à proposer au pays en dehors du chaos », tout en réaffirmant l’engagement du pouvoir en faveur du dialogue et de la restauration de la paix.
Le silence, une réponse politique ?
Après dix-huit ans au sommet de l’État, Joseph Kabila ne peut évidemment échapper au jugement de son bilan.
Mais ses déclarations ne devraient pas systématiquement dicter l’agenda politique national, surtout dans un contexte où la justice suit son cours.
L’urgence pour la RDC demeure ailleurs : restaurer la paix dans l’Est, défendre son intégrité territoriale, améliorer les conditions de vie des Congolais et évaluer les résultats des politiques publiques sur la base de faits vérifiables.
Ne pas répondre à chaque déclaration de Joseph Kabila ne signifie ni fuir le débat ni renoncer à la vérité. Cela peut aussi consister à refuser de transformer chacune de ses prises de parole en événement politique.
Un homme condamné par la justice doit répondre de sa situation devant les institutions compétentes. Ses propos, eux, doivent être examinés à l’aune des faits, et non susciter automatiquement une surenchère politique.
Au fond, la meilleure réponse n’est peut-être pas la polémique, mais la démonstration par les actes, la solidité des arguments et le respect de l’État de droit.
Joseph Kabila cherche-t-il à revenir au centre du jeu politique ?
Si tel est le cas, pourquoi lui offrir gratuitement cette tribune ?
Parfois, le silence est aussi une manière de ne pas accorder à son adversaire le crédit politique qu’il recherche.
Et si, pour une fois, la RDC choisissait de regarder devant elle plutôt que de réagir à chaque parole d’un homme dont le sort judiciaire est désormais entre les mains de la justice ?
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