Benjamin Netanyahou a livré à l’Assemblée générale des Nations unies un discours à la fois combatif, historique et profondément politique. Pendant près d’une heure, le Premier ministre israélien a défendu la conduite de son pays depuis les attaques du 7 octobre 2023, dénoncé ce qu’il considère comme une campagne internationale de désinformation contre Israël et réaffirmé sa détermination à poursuivre la guerre contre le Hamas et les autres groupes armés hostiles à son pays.
Le ton était donné dès les premières secondes. S’adressant aux délégations présentes dans la salle, Netanyahou a demandé aux « lâches » qui ne souhaitaient pas entendre son intervention de quitter les lieux.
Cette entrée en matière résume à elle seule la tonalité du discours : offensive, accusatrice et destinée autant à son auditoire international qu’à l’opinion israélienne.
De 1967 au 7 octobre : le récit d’un Israël menacé d’anéantissement
Au cœur de son argumentaire, Benjamin Netanyahou a replacé la guerre actuelle dans une histoire beaucoup plus longue.
Il a notamment évoqué la guerre des Six Jours de 1967, affirmant qu’Israël était alors menacé par plusieurs armées arabes alors même qu’il ne contrôlait ni Gaza, ni la Cisjordanie, ni le plateau du Golan.
Son raisonnement est clair : selon lui, le conflit ne peut pas être réduit à une question territoriale. Il s’agirait d’abord, affirme-t-il, de la survie de l’État d’Israël en tant qu’État juif.
« Il ne s’agit pas de territoires, mais de l’existence d’un État juif, quelles que soient ses frontières », a-t-il déclaré.
Le Premier ministre israélien a également invoqué l’histoire biblique pour défendre le lien du peuple juif avec le plateau du Golan, affirmant que les Juifs y étaient présents « depuis l’époque de Moïse ».
Cette lecture historique est cependant à distinguer du statut juridique
contemporain des territoires concernés. Le statut international du Golan et celui des territoires palestiniens restent au cœur de différends majeurs et ne sauraient être établis par la seule référence à des récits religieux ou historiques.
L’Iran, le Hamas et la logique de la « guerre existentielle »
Le discours de Netanyahou a également été construit autour d’une même idée : Israël serait confronté à une succession de menaces existentielles.
Le Premier ministre a rappelé sa volonté, exprimée depuis des années, d’empêcher l’Iran d’acquérir l’arme nucléaire. Il a présenté les opérations israéliennes contre les infrastructures iraniennes comme une décision de survie nationale.
Il a également revendiqué les succès militaires israéliens contre le Hamas à Gaza, le Hezbollah au Liban et les autres groupes armés soutenus ou liés à l’Iran.
À plusieurs reprises, Netanyahou a repris une phrase attribuée à son frère Yonatan Netanyahu, commandant de l’opération d’Entebbe en 1976 : « Nous allons gagner. Nous n’avons pas d’autre choix».Cette phrase constitue presque le fil conducteur de son intervention.
Le 7 octobre, point de bascule
Comme dans plusieurs de ses précédentes interventions internationales, Netanyahou a consacré une place centrale aux attaques du 7 octobre 2023.
Il a décrit cette journée comme « le jour le plus sombre de l’histoire d’Israël » et accusé le Hamas d’avoir commis le massacre de Juifs le plus meurtrier depuis l’Holocauste.
Le Premier ministre israélien a insisté sur les victimes civiles israéliennes et sur les enlèvements d’otages, présentant l’attaque du Hamas comme l’élément déclencheur de la guerre actuelle.
Il a aussi utilisé une comparaison démographique destinée à mesurer l’ampleur du choc pour la société israélienne, estimant que le nombre de morts rapporté à la population du pays serait comparable à des dizaines de milliers de morts aux États-Unis.
Pour Netanyahou, le 7 octobre ne constitue donc pas simplement une attaque terroriste majeure : il représente la preuve, selon lui, que la menace pesant sur Israël demeure existentielle.
« Israël n’a pas commis de génocide »
C’est probablement sur la question de Gaza que le discours de Netanyahou a pris sa dimension internationale la plus polémique.
Alors que les accusations de génocide contre Israël ont profondément divisé la communauté internationale, le Premier ministre a catégoriquement rejeté cette qualification.
« Accuser Israël de génocide est le plus grand mensonge du siècle », a-t-il affirmé.
Pour défendre cette position, il a cité les mesures prises par Israël pour avertir les populations civiles, ainsi que l’acheminement d’aide humanitaire et les campagnes de vaccination contre la polio.
Mais cette affirmation doit être replacée dans le cadre de la procédure engagée devant la Cour internationale de Justice.
Dans l’affaire introduite par l’Afrique du Sud, la CIJ a ordonné à Israël, dès janvier 2024, de prendre toutes les mesures relevant de ses pouvoirs pour prévenir les actes entrant dans le champ de la Convention sur le génocide et permettre l’acheminement de l’aide humanitaire. La Cour a ensuite confirmé et renforcé plusieurs mesures provisoires, notamment face à la dégradation des conditions de vie à Gaza.
Il importe toutefois de préciser qu’une mesure provisoire de la CIJ ne constitue pas un jugement définitif établissant qu’un génocide a été commis. La procédure au fond est distincte.
En parallèle, la situation humanitaire reste extrêmement grave. Dans son point de situation du 25 septembre 2025, le Bureau des Nations unies pour la coordination des affaires humanitaires (OCHA) signalait l’intensification des frappes sur Gaza-ville, de lourdes pertes civiles, la fermeture de plusieurs établissements de santé et des conditions de déplacement et d’hébergement extrêmement difficiles.
Le débat sur Gaza ne peut donc être réduit à l’opposition entre « vérité israélienne » et « propagande internationale ».
Il existe une bataille politique et juridique sur la qualification des opérations israéliennes, tandis que les organisations internationales documentent parallèlement une catastrophe humanitaire.
Une bataille militaire, mais aussi une bataille de l’information
Autre axe majeur du discours : la guerre de l’information.
Netanyahou a consacré une partie importante de son intervention aux médias internationaux, aux réseaux sociaux, au Qatar et à la Turquie. Il les accuse de contribuer à ce qu’il appelle une campagne de « mensonges » contre Israël.
Il a notamment mis en cause Al Jazeera et dénoncé le soutien qatari au Hamas. Il s’en est également pris au président turc Recep Tayyip Erdoğan, qu’il a qualifié de « tyran ».
Cette partie du discours montre combien le conflit israélo-palestinien se joue désormais sur plusieurs terrains : militaire, diplomatique, judiciaire et médiatique.
Le récit de chaque camp cherche à imposer sa propre lecture des événements : pour Israël, celui d’une guerre de défense contre des organisations déterminées à détruire l’État juif ; pour ses adversaires, celui d’une guerre dont le coût humain et territorial pour les Palestiniens est devenu disproportionné et juridiquement contesté.
Une attaque directe contre Zohran Mamdani
Benjamin Netanyahou a également consacré une séquence inhabituelle à la politique new-yorkaise.
Il a directement pris pour cible Zohran Mamdani, maire de New York, en l’accusant de tenir des positions hostiles à Israël et de contribuer, selon lui, à un climat d’insécurité pour les Juifs de la ville.
Cette attaque illustre l’élargissement du conflit israélo-palestinien au-delà du Moyen-Orient.
La guerre de Gaza est devenue un sujet de politique intérieure dans plusieurs pays occidentaux, provoquant des manifestations, des divisions politiques, des tensions dans les universités et des débats particulièrement vifs autour de l’antisémitisme, de l’islamophobie, de la liberté d’expression et du soutien à Israël.
« Nous n’avons pas d’autre choix »
Au terme de son intervention, Benjamin Netanyahou est revenu à son thème central : la survie.
Israël, selon lui, n’a pas le luxe de renoncer à la guerre tant que subsistent des organisations qui revendiquent sa destruction.
Il a présenté l’armée israélienne comme une force composée de Juifs, de chrétiens, de druzes et de musulmans et l’a qualifiée d’« armée la plus morale du monde », une appréciation qui relève clairement de son propre discours politique et qui est contestée par de nombreux acteurs internationaux.
Netanyahou a aussi rendu hommage aux soldats israéliens et aux victimes du 7 octobre, avant de s’adresser directement aux Juifs du monde entier : « Relevez la tête. Soyez fiers. Soyez confiants. Ne vous laissez pas intimider».
Un discours qui ne clôt pas le débat
À l’ONU, Benjamin Netanyahou n’a pas cherché à produire un discours de compromis. Il a plutôt présenté une défense globale de la politique israélienne, reliant le traumatisme du 7 octobre à l’histoire des guerres israélo-arabes, à la menace iranienne, au Hamas, au Hezbollah et aux critiques internationales contre Israël.
Son intervention repose ainsi sur une logique simple : Israël se bat pour sa survie et toute pression extérieure qui ne tient pas compte de cette réalité serait, selon lui, une déformation de l’histoire.
Mais cette lecture demeure profondément contestée sur la scène internationale. La question des territoires palestiniens, le statut du Golan, la conduite des opérations militaires à Gaza, la protection des civils et les accusations de violations du droit international restent au centre des débats diplomatiques et judiciaires.
Le discours de Netanyahou aura donc surtout confirmé une réalité : près de deux ans après le 7 octobre 2023, la bataille autour d’Israël et de Gaza ne se déroule plus seulement sur le terrain militaire. Elle se joue aussi devant les tribunaux internationaux, dans les capitales étrangères, dans les médias et jusque dans les opinions publiques africaines.
Et en Afrique, où la question palestinienne bénéficie d’une forte résonance historique et politique, les déclarations de Netanyahou ne manqueront pas de susciter de nouvelles réactions.
À l’ONU, le Premier ministre israélien a voulu convaincre le monde qu’Israël se bat pour ne pas disparaître. Mais son discours montre surtout à quel point la guerre de Gaza est devenue une bataille mondiale autour de la mémoire, du droit, de la sécurité et de la définition même de la justice.
Rédaction






















































