Dans une tribune parvenue à Politiquerdc.net, Samy Badibanga alerte sur un tournant stratégique majeur pour la République démocratique du Congo : développer prioritairement le corridor national de Banana ou voir le corridor de Lobito capter l’essentiel des flux miniers du pays. Pour l’ancien Premier ministre, l’enjeu dépasse la simple logistique : il touche au développement, à l’emploi et à la souveraineté économique.
Les minerais, socle du développement
La RDC dispose d’un atout majeur : ses ressources minières. Bien plus qu’une richesse naturelle, elles constituent, selon l’auteur, le principal levier de développement du pays. Ce sont elles qui rendent rentables les investissements dans les infrastructures de transport et d’énergie — piliers indispensables à toute croissance économique durable.
Banana vs Lobito : deux visions, un choix
Au cœur du débat, deux corridors.
D’un côté, Banana, présenté comme la colonne vertébrale du développement national. De l’autre, Lobito, axe stratégique pour l’Angola, déjà bien avancé et proche d’être pleinement opérationnel, notamment grâce à la liaison ferroviaire Kolwezi-Dilolo.
Malgré des progrès, le corridor de Banana — long de 3 300 km — accuse un retard, en partie lié aux conflits persistants à l’Est du pays.
Une logique mondiale des infrastructures
Partout dans le monde, rappelle Samy Badibanga, les pôles industriels se développent autour de corridors performants, combinant logistique efficace et énergie accessible. Il cite en exemple le Yangtsé en Chine, les Great Lakes aux États-Unis ou encore la « Banane bleue » en Europe.
Sans infrastructures solides, prévient-il, aucun développement agricole ou industriel n’est possible.
Un potentiel agricole et énergétique sous-exploité
La RDC figure parmi les six pays pouvant devenir une grande puissance agricole mondiale. Mais ce potentiel reste conditionné à l’existence d’infrastructures logistiques adaptées. Le pays dispose également d’importantes capacités hydroélectriques.
Cependant, insiste l’auteur, ce sont les minerais qui justifient les investissements massifs nécessaires pour développer ces infrastructures.
Le risque d’un décrochage économique
Si les minerais congolais continuent d’être exportés via l’Angola, le pays pourrait perdre un levier stratégique essentiel. À la clé : des millions d’emplois et des centaines de milliards de dollars d’investissements potentiels.
M. Badibanga déplore que les partenaires internationaux privilégient aujourd’hui le corridor de Lobito, au détriment des infrastructures nationales congolaises.
Enjeu de souveraineté et de sécurité
Au-delà de l’économie, la question est aussi politique et sécuritaire. Le corridor de Banana pourrait structurer l’ensemble du territoire et relier plusieurs provinces, notamment Kisangani et les Kivus.
L’ancien vice-président du sénat rappelle que le déficit d’infrastructures figure parmi les causes profondes de l’instabilité dans l’Est du pays. Développer ces réseaux devient donc une condition essentielle de la souveraineté nationale.
Un débat national nécessaire
Face à ces enjeux, Samy Badibanga appelle à un large débat national impliquant décideurs publics, experts, entreprises et syndicats. Il met en garde contre le risque de voir les opportunités congolaises profiter aux économies voisines.
Quelle stratégie pour le Katanga ?
Dans le Katanga, deux options se présentent :
réhabiliter la ligne ferroviaire Kolwezi-Dilolo, solution jugée temporaire ;
ou construire un axe structurant reliant Kolwezi au Kasaï, puis à Kikwit et Kinshasa. Pour l’ancien Premier ministre, seule la seconde option permettrait de garantir une véritable souveraineté logistique et de soutenir un développement multisectoriel.
L’urgence d’un plan structurant
Ce collaborateur du chef de l’état congolais plaide enfin pour la mise en place d’un plan décennal de développement des corridors économiques et industriels. Il rappelle, en citant Dwight Eisenhower, que « les amateurs parlent stratégie, les professionnels parlent logistique ».
Un message clair : sans maîtrise de ses infrastructures, la RDC risque de compromettre durablement son avenir économique.
Rédaction























































