Le prisme à travers lequel le Président rwandais Paul Kagame observait et diligentait les événements sanglants dans l’Est de la République démocratique du Congo s’est totalement effondré le week-end. La réponse de l’administration américaine et, accessoirement, celle de la communauté internationale devant le Conseil de sécurité des Nations-Unies ne laisse en effet aucune marge de manœuvre au leader rwandais brutalement pris à la gorge, ou à l’establishment de Kigali cloué au pilori pour avoir remis en cause les Accords de Washington, décredibilisé la démarche du Président Donald Trump dans les grands lacs et contesté le leadership de l’administration américaine sur la scène mondiale.
Un crime de lèse-majesté qui ́ne peut rester impuni.
Les actions du Rwanda dans l’Est de la RDC constituent une violation des Accords de Washington, s’est indigné le secrétaire d’Etat Marco Rubio, ajoutant que les Etats-unis vont utiliser tous les moyens à leur disposition pour s’assurer que les engagements du Président Trump sont respectés.
Les déclarations du secrétaire d’État Rubio surabondaient celles de l’Ambassadeur des Etats-Unis au conseil de sécurité des Nations-Unies, Mike Waltz. Ce dernier a indiqué que Washington tiendra pour responsables les auteurs des événements d’Uvira ayant porté violation des Accords de Washington. L’ambassadeur Waltz est allé plus loin dans l’expression de la colère de l’administration américaine en mettant directement à nu et pour la première fois la responsabilité personnelle du Président Kagame.
Depuis 2021, a-t-il accusé, le Rwanda contrôle le M23 et son allié l’AFC pour ses objectifs géopolitiques dans l’est de la RDC. Il a pointé du doigt et pour la première fois le Président Kagame, l’accusant d’avoir intimement participé à la planification de l’opération, fourni l’appui politique, matériel ainsi que la formation au M23. Conclusion originale et inattendue de l’Ambassadeur americain : la RDC a le droit de défendre son intégrité territoriale et de s’entourer d’alliés de son choix, notamment les troupes burundaises.
La RDC qui a toujours été freiné par ses partenaires dans sa volonté de réagir à l’agression rwandaise sait désormais ce qui lui reste à faire en termes de commandement des opérations, d’organisation et de reprofilage des troupes. Mais aussi d’assainissement d’un espace politique infiltré et corrompu pour laver l’affront fait au pays et les frustrations ressenties par son peuple.
Sous ce rapport, la manipulation et la désinformation déployées par le Rwanda pour gagner la guerre psychologique en installant la psychose et la manipulation, notamment grâce à ce qu’il est convenu d’appeler armée numérique avec son poison, a fini par convaincre différents acteurs rdcongolais de l’urgence de changer de paradigme dans le secteur de la communication.
Il faut certes convaincre, sensibiliser, mobiliser. Mais il faut déployer un narratif qui séduit et anticipe aussi bien les attentes et les frustrations de la population que les actions de l’ennemi. Il faut éviter d’être à tout moment sur la défensive et la réaction. Récemment, la RDC avait mené la danse. Puis le relâchement s’est installé parce que l’Etat congolais refuse pratiquement de se doter des médias publics forts.
La guerre moderne doit également et surtout se gagner sur le plan de la communication et de l’anticipation. C’est le précieux conseil donné la semaine dernière aux autorités congolaises par Joseph Mobutu Nzanga qui s’est souvenu à juste titre de l’expérience de la chute de la IIème République face à des Kadogos précédés sur le terrain par une puissante machine chargée de créer la psychose dans la population, de semer la panique dans l’armée, bref de vaincre sans combattre, juste par le jeu de l’esprit.
Certes, le contexte à changé et les réseaux sociaux sont devenus une nouvelle dimension de la guerre de l’esprit et de la propagande de masse. Des réseaux sociaux qui gagneraient à être puissamment régulés pour atténuer leur tendance exhaustiviste, dogmatique et totalitaire au profit d’une culture qui rappelle l’existence d’une loi sur la presse prévoyant les conditions d’aide aux entreprises de presse privées et publics.
Cela dit, ce paradigme rappelle l’urgence et la nécessité pour l’Etat de disposer des moyens puissants de communication de masse à l’instar de l’Agence congolaise de presse (ACP) qui devrait se deployer dans le temps et l’espace réel et virtuel. Mobutu ne s’était-il pas appuyé sur la puissante Agence Zaïre Presse (Azap), que le Marechal avait ambitionné et permis de voir toiser les grandes agences mondiales et réussir la communication du Zaïre de l’époque à l’international ! L’Azap disposait en son temps de la technologie de pointe de l’époque, le télex. Elle en disposait de 350 un peu partout dans le monde. Un télescripteur était même l’équivalent du prix de deux voitures VW ou Mazda. Des voitures de luxe de cette époque. Un véritable investissement que seul l’Etat peut s’autoriser à la mesure de sa volonté politique et de son ambition de puissance et de grandeur.
Aujourd’hui, tout le monde semble plutôt se satisfaire d’une communication a minima, réduite à la gloriole de quelques acteurs qui les fabriquent selon leur guise et voués à flatter ceux qui les écoutent et les financent dans un dangereux prolongement des dérapages sociaux.
Bienvenu-Marie Bakumanya (ACP)



















































