La justice militaire congolaise perd deux de ses figures de proue. Le lieutenant-général Joseph Mutombo Katalayi Tiende, premier président de la Haute Cour militaire, et le lieutenant-général Lucien-René Likulia Bakumi, auditeur général des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC), ont péri vendredi 25 septembre dans un accident aérien à Kenge, dans la province du Kwango.
Selon un communiqué des FARDC, les deux officiers généraux revenaient d’une mission de service effectuée à Kikwit, dans la province du Kwilu, lorsque leur appareil s’est écrasé à Kenge. Douze autres membres de la délégation ainsi que les membres de l’équipage ont également trouvé la mort.
Les circonstances précises de l’accident restent à établir.
L’armée annonce l’ouverture d’investigations afin de déterminer les causes du crash.
La disparition simultanée des deux hommes intervient alors qu’ils se trouvaient au premier plan de plusieurs procédures judiciaires parmi les plus sensibles engagées ces derniers mois contre de hauts responsables militaires et politiques congolais.
Kabila, les officiers de Goma et Bukavu : deux magistrats au cœur des dossiers sensibles
Joseph Mutombo Katalayi présidait notamment la Haute Cour militaire lors du procès de l’ancien président Joseph Kabila, jugé par défaut en 2025 pour plusieurs infractions, dont la trahison et la participation à un mouvement insurrectionnel en lien avec l’AFC-M23. Le 30 septembre 2025, la juridiction militaire l’avait condamné à la peine de mort.
De son côté, Lucien-René Likulia occupait une position centrale dans ce même dossier en tant qu’auditeur général des FARDC. En août 2025, c’est lui qui avait porté le réquisitoire du ministère public et requis la peine capitale contre l’ancien chef de l’État.
Le procès s’inscrivait dans le contexte de l’offensive de l’AFC-M23 dans l’est de la RDC, avec la prise de Goma puis de Bukavu par les rebelles soutenus par le Rwanda, selon les autorités congolaises et plusieurs sources internationales.
La condamnation de Kabila a toutefois été contestée par ses proches et une partie de l’opposition, qui ont dénoncé une procédure à caractère politique.
Les deux magistrats avaient également été impliqués, chacun dans son rôle institutionnel, dans les procédures visant plusieurs officiers supérieurs accusés d’avoir abandonné leurs positions lors de l’avancée du M23 à Goma et Bukavu.
Le procès s’était ouvert en mars 2025 devant la Haute Cour militaire.
Cinq hauts responsables de l’armée et de la police étaient notamment poursuivis pour des faits liés à l’abandon de positions, à la perte de matériel militaire et à la fuite devant l’ennemi.
En décembre 2025, la Haute Cour militaire avait finalement condamné quatre d’entre eux à des peines allant de douze à trente-six mois de prison.
Le général-major Dieu-Gentil Alengbia Nzetetessya, également concerné par la procédure, était entre-temps décédé.
Une justice militaire toujours sous tension
Au moment de leur disparition, les deux officiers généraux étaient encore engagés dans d’autres procédures particulièrement sensibles.
Joseph Mutombo Katalayi présidait notamment les audiences de l’affaire mettant en cause le lieutenant-général Philémon Yav Irung, ancien commandant de la troisième zone de défense, poursuivi notamment pour trahison. En mars 2026, la Haute Cour militaire avait ordonné le huis clos pour l’audition de l’ancien chef d’état-major général des FARDC, le général d’armée à la retraite Célestin Mbala Musense, cité comme renseignant dans cette affaire.
Parallèlement, l’auditorat général dirigé par Likulia était partie prenante dans une autre procédure majeure visant l’ancien chef d’état-major général des FARDC, le général d’armée Christian Tshiwewe Songesha, ainsi que plusieurs autres officiers généraux.
Dans ce dossier, le ministère public a retenu plusieurs chefs d’accusation, notamment le complot, la trahison, la propagation de faux bruits, l’apologie du terrorisme, la désertion à l’étranger, la violation des consignes et l’incitation de militaires à commettre des actes contraires au devoir et à la discipline.
En août 2026, la défense avait achevé la présentation de ses mémoires et le ministère public, représenté par l’auditeur général Lucien-René Likulia, devait poursuivre la procédure par sa réplique.
La disparition des deux magistrats militaires intervient donc à un moment où la justice militaire congolaise traite plusieurs dossiers mettant directement en cause la chaîne de commandement des FARDC.
Une succession qui ouvre une nouvelle séquence
Au-delà de l’émotion provoquée par le crash, la disparition de Joseph Mutombo Katalayi et de Lucien-René Likulia pose désormais la question de la continuité de ces procédures.
La Haute Cour militaire devra poursuivre ses activités avec une nouvelle configuration à sa tête, tandis que l’Auditorat général des FARDC devra assurer la continuité de l’action du ministère public dans les dossiers en cours.
Pour l’heure, l’armée congolaise insiste sur le caractère accidentel du drame et annonce des investigations destinées à en établir les causes.
Rédaction



























































