Analyste politique très critique à la coalition Fcc-Cach, Me Jean K. Minga est également consultant à politiquerdc.net.
Dans son analyse parvenue à votre média en ligne, ce juriste congolais basé à Bruxelles en Belgique qui rappelle à l’opposition la nécessité d’intensifier les contacts avec la base reste cependant pessimiste quant à l’éventualité d’un dialogue politique durant cette année. Toutefois, l’analyste estime que seul le changement de rapport des forces au sein de la classe politique peut ouvrir la voie vers le scénario de dialogue.

Ci-dessous sa réflexion.

RDC : un dialogue est-il envisageable en 2020 entre les différentes forces politiques ?(analyse de Me Jean K. Minga)

Plusieurs observateurs en parlent en longueur de journée. Cependant, personne ne veut confirmer ce qui paraît encore comme rumeur. Tout le monde semble se réserver de l’affirmer au sein des états-majors de partis politiques tant de l’opposition (Lamuka) que de la majorité (FCC-CACH). Toutefois, au regard de la situation politique, économique, sociale et sécuritaire peu reluisante au pays et du risque que ce climat conduise à une crise profonde, l’évidence des discussions entre les acteurs politiques congolais devient de plus en plus inévitable. Rien n’est acquis!

Cette évidence se fonde sur la convergence de vues observée entre Lamuka – à travers le plan de sortie de crise de Fayulu – et Cach, via le discours du Président Tshisekedi sur l’état de la nation. Les deux camps sont d’avis – chacun en ses termes – qu’il faut procéder à la réforme de certaines dispositions de la constitution et des autres textes régissant le fonctionnement de certaines institutions . Au FCC, la modification constitutionnelle – particulièrement les dispositions intangibles – est un vieux rêve.
Ainsi qu’on peut facilement le deviner, l’apparente unanimité sur la nécessité des réformes masque de grandes divergences entre ces trois forces politiques. Tout est question d’intérêts.

Nous ignorons encore si le rêve du dialogue est – pour l’opposition – une posture destinée à briser l’ennui; à moins que ce ne soit un ballon d’essai du pouvoir, pour distraire et phagocyter celle-ci.

L’histoire récente des nations nous renseigne que lorsqu’un dictateur consent à organiser un dialogue, c’est qu’il est politiquement ou diplomatiquement, sinon militairement dans une position inconfortable
et que le dialogue lui offre par conséquent une occasion de gagner du temps, en vue de peaufiner d’autres stratégies de son maintien au pouvoir.

La RDC, notre pays, ne déroge pas à cette règle. De Mobutu Sese Seko à Joseph Kabila – en passant par Mzee Laurent-Désiré Kabila – peu importe la formule, le dialogue n’ a été organisé
que lorsque le tenant du pouvoir était soumis à une très forte pression populaire, insurrectionnelle ou internationale. En d’autres termes, lorsque le rapport des forces est de mise.

Avec l’arrivée de Tshisekedi au pouvoir, nous sommes en train de vivre une situation atypique en Afrique et aussi dans le monde, car en dépit des dénégations récurrentes de ses lieutenants, tout indique – aujourd’hui plus qu’hier – que c’est Kabila qui est le véritable chef d’Etat de fait et qui régente le fonctionnement de toutes les institutions du pays.

Les deux ordonnances signées par Tshisekedi portant nomination des membres des Conseils d’administration et des comités de gestion de la SNCC et Gécamines, en dépit de leur publication au Moniteur officiel, n’ont pas été exécutées et illustrent parfaitement cette réalité que d’aucuns essayent maladroitement d’occulter.

Président de façade ou un leurre – limité à l’inauguration des chrysanthèmes – Tshisekedi amortit le choc des coups destinés à Kabila et permet par conséquent à ce dernier, de se forger une nouvelle virginité
politique. Les voyages , les honneurs et les avantages y afférents suffisent à Tshisekedi.

Il se trouve que, outre son incompétence et l’amateurisme doublé de la cupidité de son entourage, Tshisekedi est condamné à échouer dans son vaste programme qu’il est en train pourtant de vanter, non parce qu’il est irréalisable, mais parce que son allié
souhaiterait s’appuyer sur cet échec pour brandir à la face de la nation et du monde, que le pouvoir passé dans le camp de cette ancienne opposition congolaise n’ayant pas réussi à redresser un pays qui était à la dérive, la seule alternative qui reste serait de ramener Kabila au pouvoir.

Le FCC s’active ardemment dans cette voie de la héroïsation – sinon la déification d’un homme et tout est mis en œuvre pour que cette cabale puisse réussir, quel qu’en soit le prix à payer.

La récente approche du FCC envers le clergé catholique – le bouclier du peuple – est destiné à séduire celui-ci que Kabila est devenu un nouvel homme, habité par de subites, mais bienveillantes intentions. À côté de cette attitude alléchante, il faut ajouter les différentes sorties médiatiques de certains caciques de l’entourage Joseph Kabila fort loquaces à l’idée qui plane dans la tête des alliés et partenaires politiques de l’héritier politique de feu Étienne Tshisekedi Wa Mulumba.

Très à l’aise et sûr de son coup, après avoir réussi à diviser l’opposition, Kabila se pavane allègrement dans certains coins – tel un chef de bande – avec son cortège de la garde républicaine , parfois sous l’acclamation de certains congolais, mieux de ses partisans.

Toutes ces initiatives participent totalement à la stratégie préparatoire au retour de Kabila au plus tard en 2023.

Ce faisant, si rien n’empêche l’autocrate d’envisager de telles assises pour tenter d’atteindre son coup, l’intérêt de la démarche est pour l’instant moindre voire inexistant. Autrement, il n’aurait aucun intérêt de s’hasarder à un dialogue.

Un autre paramètre qui pousse à l’espoir d’un tel dialogue serait de voir – ainsi que ne cessent de le répéter ses partisans – c’est l’éventualité de voir le président Tshisekedi prendre le risque suicidaire – hypothèse hautement improbable – consistant à dissoudre le parlement , ce qui entraînerait le pays dans l’oeil du cyclone politique empreint d’incertitude pour l’avenir, le dialogue pourrait alors paraître nécessaire, en cas d’impasse liée à la résistance ou retour des flammes du FCC, bien installé dans les institutions.

Compte tenu du tableau assez pessimiste ci-dessus, nous souhaiterions mille fois – pour l’intérêt supérieur du pays – que nous soyons fourvoyé, afin que la RDC, actuellement en manque de répères, prenne une pente inverse à ma conclusion.

L’opposition a intérêt de maintenir en permanence le contact avec la population pour la pousser à l’éveil patriotique. Car, au stade actuel, seule la pression populaire pourrait changer le rapport des forces et amener le dictateur à la table des négociations, sinon à lâcher prise!

Jean K. Minga, analyste politique et consultant à politiquerdc.net