Comment Joseph Kabila est -il devenu président? (chronique du journaliste J.Kalondji)

La République Démocratique du Congo commémore ce samedi 16 janvier 2021 le 20e anniversaire d’assassinat de Laurent-Désiré Kabila. A Kinshasa, l’événement a été marqué par la célébration d’une messe d’action de grâce en la cathédrale Notre-Dame du Congo, mais aussi avec le dépôt de gerbes fleurs au mausolée de l’illustre disparu où le chef de l’Etat congolais, Félix Antoine Tshisekedi s’est également incliné.

Et c’est dans ce contexte que le journaliste Jacques Kalonji Diku s’est penché sur la problématique de l’avènement de Joseph Kabila au pouvoir. Ci-dessous l’intégralité de sa chronique parvenue à Politiquerdc.net.

Comment Joseph Kabila est-il devenu président de la République?

20 ans après, je n’ai toujours pas compris les détails sur le déroulement d’une partie de cette journée tragique du 16 janvier 2001.
Et pourtant, je suivais de près les news de mon pays via RTNC, BBC, Africa N°1, RFI, VOA ,Radio Congo; grâce à un poste récepteur de mon père que j’avais réquisitionné pour la circonstance. C’est lui qui devait s’informer auprès de moi, sans commentaire aucun puisque, Mampinga qu’il était jusqu’au moment où il est retourné à son poste en ville.

Je n’ai plus le chronographe de la journée, mais quelques souvenirs remontent vaguement:

12h: je quitte l’auditoire pour la maison, car libéré brusquement par l’enseignant !

14h, les rumeurs de tirs entendus vers le Palais de Marbre circulent;

Vers 15h, Eddy KAPEND intervient à la Télévision et à la radio nationale;

16-20h: spéculations médiatiques autour d’un possible assassinat;

23h30′: De Bruxelles (Louis Michel) précise la nouvelle de la mort de LDK

Et Joseph Kabila,son fils?

Le jeune officier était à Lubumbashi, presque à 2000Km de la capitale. Certains faisaient état de ses relations tendues avec son père.

La presse raconte qu’il avait essuyé, quelques semaines auparavant, une cuisante défaite à Pweto, au Katanga face aux agresseurs. Joseph n’était donc pas pressé de mettre ses pieds à Kinshasa pour affronter la colère de son M’zee LDK, un homme exigeant, au tempérament chaud et direct. Curieusement, Kabila fils et chef de la force terrestre regagne Kinshasa, tard la nuit par le vol d’une compagnie privée. Il va organiser la succession dans le silence total, se plaignant le moins du monde de l’assassinat de son père et chef.
La Succession est faite en présence du chef d’état-major général Lwetsha, du préséant Gaëtan Kakudji, du ministre de la Justice, Mwenze Kongolo; du porte-parole, Sakombi; du jeune Mumengi, du dignitaire Che Guevara congolais à la cigare Abdoulaye Yerodia, de la présidente de l’Assemblée constituante OMATUKU, etc.

C’est à la barbe de tous ces dignitaires que le jeune de 29 ans parvient – sans résistance – à récupérer le pouvoir à son compte. Il est désigné par consensus le coordonnateur de l’action gouvernementale par intérim !!

Que furent ses mérites ? En quoi son profil a-t-il séduit ou convaincu les autres? A-t-il tenu le moindre discours, ce jeune homme dont la prise de parole en public est une épreuve redoutable et redoutée à l’époque ?

Une succession suspecte !

-Un Président tué en début d’après-midi
-un officier et proche du chef tué va à la télé pour solliciter l’obéissance de l’armée
-et un jeune officier surgissant au milieu des vieux loups pour prendre le contrôle de tout dans la foulée, sans casse!
Et étrangement, la vie reprend timidement puis normalement son cours le lendemain, soit le 17 janvier 200, comme si de rien ne s’était passé; à part le cadre dans le placard !

Un mensonge d’État?

Le 18 Janvier 2001 à 20h – soit 48heures après après les faits – à la RTNC, c’est Sakombi Inongo Dominique qui annonce le « Mensonge »: « M’zee vient de mourir à Harare, au Zimbabwe et qu’il aurait laissé un testament.
Un testament en 4 points à l’adresse de l’armée :
✓respecter la discipline;
✓protéger la population;
✓préserver l’intégrité du territoire;
✓boutter hors du pays les agresseurs.

Un Joli et simple scénario se terminant avec les images de Joseph – le nouveau chef au profil apparemment effacé, sans éclat, timide, réservé , à la tonalité hésitante, bégayante et moins convaincante, à l’intonation anglophone à interférence du dialecte peu connu en RDC, regards peu rassurant, style vestimentaire peu classique.
Loin de le comparer à un Kasa vubu, à un Lumumba, au jeune Mobutu; c’est un vrai maquisard au look de campagne.

Voici l’homme, notre Raîs

J’ai eu le jour de sa prestation de serment, en tant que jeune étudiant en Droit, un sentiment de déception, de dégoût et de questionnement : Pourquoi ce choix? Ceux qui ont décidé ont-ils pris le pays à la légère au point de brader la fonction présidentielle?Surtout, ne négligeons pas la force de l’image, de l’apparence dans la science et praxis du pouvoir.

Quelqu’un aurait bien orchestré ce coup et a bien menti au peuple congolais.
Dans la même soirée, on voit le nouvel homme fort de Kinshasa, Joseph recevoir les Ambassadeurs des 5 pays membres du conseil de sécurité de l’ONU et de la Belgique. C’est une reconnaissance internationale assurée en toute célérité !
Le fils trouve des parrains : les 5 puissants, l’ex-puissance coloniale, la Belgique. À ces derniers, se sont joints Mugabe, Edouard Dos Santos. Le nouvel homme fort du Congo n’inquiète pas trop les agresseurs (Rwanda-Ouganda-Burundi).
Avec lui, tout change sur la ligne de front militaire et politique. La logique frontale de M’zee est enterrée avec lui.
Plus question de : »La paix se gagne », « La guerre sera longue et populaire »!

L’entrée en scène du Général major Joseph paraît floue tel un véritable « Thriller congolais, » selon les confrères Arnaud Zajtman de BBC que je rencontrais au procès LDK et de Esdras Ndikumahana de RFI qui viennent de réaliser un pertinent podcast sur la mort de LDK.

Cette forte pluie qui s’est abattue sur Kinshasa, ce 16 janvier 2001, symbolisait-elle le ciel qui pleurait M’zee ou le lavage ou nettoyage à sec d’un vaste mensonge d’État ?

Jacques Kalonji Diku
Journaliste

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