Tshiani et sa congolité: l’échec de l’elite intellectuelle congolaise (Tribune)

Au moment où de plus en plus de voix s’élèvent pour revendiquer la liberté ou mieux la souveraineté économique de l’Afrique, l’initiative controversée de Tshiani laisse à croire qu’en RD Congo, l’on soit encore à l’état de nature décrit, selon Jean Jacques Rousseau, comme une période où l’homme vit au présent sans souci des lendemains. Quant à Hobbes, il soutient que l’état de nature est la période de guerre de tous contre tous. Il suffit de voir la réaction des uns et des autres sur la question de ce que certains appellent la congolité, soulevée par le candidat malheureux aux dernières présidentielles, M. Noël Tshiani Mudiammvita.

Une petite réflexion sur le rôle réel de l’élite intellectuelle congolaise s’impose. Sert- elle à rehausser le niveau de leurs concitoyens ou elle est partie prenante à l’imbécilisation, au nivellement par le bas de la société congolaise? Dans son ouvrage « la vocation de l’élite, » le diplomate et universitaire haïtien, Jean Marc Price, soutenait que le rôle de l’élite et des forces sociales de la nation était celui d’avant-garde de la nation. Ainsi, elle a pour mission d’éduquer socialement le peuple et de le mener à bon port. Il invitait ainsi les élites à contracter avec elles-mêmes pour participer – soit directement, soit indirectement – à la création et à l’entretien des œuvres visant à atténuer la misère matérielle ou morale.

Noël Tshiani – ancien employé de la Banque Mondiale – s’amuse à jouer au pyromane au lieu de s’atteller à trouver des solutions pour faire sortir la masse populaire congolaise de la misère la plus abjecte dans laquelle elle croupit. Cet ancien des institutions de Bretonwood devrait utiliser tout son savoir, autrefois au service de l’impérialisme et du néocolonialisme, pour mettre en place une stratégie économique apte d’aider le Congo à recouvrer sa souveraineté économique, par exemple, appuyer le gouvernement à se libérer du diktat de bourses internationales qui continuent toujours à fixer le prix de nos matières premières.

En sa qualité de congolais, il devrait déployer toute ses compétences et son expertise à rendre l’économie congolaise compétitive afin de mettre fin à notre dépendance aux prêts et aides des bailleurs internationaux ainsi qu’à la dépendance aux importations.

En République Démocratique un constat est amer: les congolais confondent un diplôme d’études à un intellectuel. Noël Tshiani a certes beau être diplômé, cela ne fait pas de lui un intellectuel. Car un intellectuel, c’est quelqu’un qui prend position éthique et politique en dénonçant les injustices, les dérives ou encore les maux qui gangrènent la société dans laquelle il vit. C’est une personne qui d’après le politologue et historien, Timothy Garton Ash, a atteint un certain niveau de création, d’analyse et de recherche et qui intervient dans le débat public sur des sujets politiques, au sens le plus large du terme, tout en s’abstenant délibérément de rechercher le pouvoir, et en devient une référence, si pas une figure ou une voix reconnue.

A l’heure ou la covid-19 continue à sévir dans le monde avec les conséquences fâcheuses connues qui se font également sentir en Afrique, la chute de prix des matières ou encore la flambée de prix en sus de problèmes de chômage. Pendant qu’une cinquantaine d’intellectuels africains tels que Kako Nubokpo, Alioune Sall, Achille Bembe, Folashade Souley – pour ne citer que ce quelques-uns – appelle à la mobilisation des intelligences, ressources et créativité pour aider l’Afrique à relever les multiples défis déjà existant et ceux qui pourraient surgir post Covid; au lieu de se joindre à eux afin d’apporter des propositions constructives qui pourront aider l’Afrique à changer de paradigmes, Noël Tshiani a préféré jouer aux abonnés absents. Des deux choses l’une, soit Tshiani souffre de paresse intellectuelle et éviterait de se livrer à cet exercice très exigeant, soit il n’est pas une référence, ou du moins une voix reconnue pour être invité à ce genre de débats de hautes factures.

Il sied de rappeler au candidat malheureux Tshiani Mudiammvita que la RD Congo, comme tous les autres États africains, est un enclos colonial dessiné et établi à Berlin entre 1884 et 1885. Continuer à s’accrocher à cet enclos créé à dessein pour diviser les africains et les empêcher de s’unifier, reviendrait à accepter la version de l’histoire de l’autre et adopter sa vision du monde. Avant 1885, les ancêtres de Tshiani ne s’identifiaient pas comme congolais, mais plutôt comme Luba. Ceci est valable pour d’autres congolais, mais aussi beaucoup d’autres africains. Ceci ne revient pas à dire que l’Afrique n’était pas politiquement organisée, sinon on ne parlerait pas des empires songhaï, Kuba ou encore des royaumes du Ghana etc…

Voilà pourquoi il est important que l’Africain revisite son histoire pour déceler l’unité culturelle de l’Afrique ancienne comme le soutenait Dr Cheick Anta Diop : « seule une véritable connaissance du passé peut entretenir dans la conscience le sentiment d’une continuité historique, indispensable à la consolidation d’un état multinational ( …) ».

Il n’est pas indifférent pour un peuple de se livrer à une telle investigation, à une pareille reconnaissance de soi ; car, ce faisant, le peuple en question s’aperçoit de ce qui est solide et valable dans ses propres structures culturelles et sociales, dans sa pensée en général; il s’aperçoit aussi de ce qu’il y a de faible dans celles-ci et qui par conséquent n’a pas résisté au temps. Il découvre l’ampleur réelle de ses emprunts, il peut maintenant se définir de façon positive à partir de critères indigènes non imaginés, mais réels. Il a une nouvelle conscience de ses valeurs et peut définir maintenant sa mission culturelle, non passionnément, mais d’une façon objective, car il voit mieux les valeurs culturelles qu’il est le plus apte, compte tenu de son état d’évolution, à développer et à apporter aux autres peuples.

Nefer Sekhmet Kama

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