À Kinshasa, le Président congolais a dévoilé une nouvelle doctrine de défense globale, au moment où la RDC entend renforcer son autonomie stratégique et durcir sa position face à la crise dans l’Est.
Le décor était hautement symbolique. Dix ans après sa création, le Collège des Hautes Études de Stratégie et de Défense (CHESD) a célébré, jeudi 20 août au Palais du Peuple, à Kinshasa, une décennie de formation des élites civiles et militaires congolaises. En présence du président burundais Évariste Ndayishimiye et de représentants de deux chefs d’État de la région, Félix Tshisekedi a surtout profité de la cérémonie pour poser les contours d’un nouveau logiciel sécuritaire pour la République démocratique du Congo ( RDC).
Le chef de l’État veut désormais faire de la souveraineté stratégique l’un des piliers de la politique de défense congolaise. Une ambition qui passe, selon lui, par la capacité de Kinshasa à analyser elle-même ses menaces, à anticiper les crises et à déterminer ses intérêts vitaux sans dépendre systématiquement de cadres de pensée ou de réponses conçus à l’extérieur.
La nouvelle « doctrine de défense globale » repose sur cinq axes : développer une pensée stratégique propre à la RDC, renforcer les capacités de veille et d’anticipation, protéger la souveraineté numérique et informationnelle, privilégier des réponses africaines aux crises régionales et consolider l’éthique républicaine.
« La souveraineté commence dans l’esprit », a insisté Tshisekedi, pour qui la défense ne saurait se limiter à l’acquisition d’équipements militaires. Elle doit aussi reposer sur la maîtrise de l’information, l’anticipation des menaces et la capacité à prendre des décisions autonomes.
L’Est comme ligne rouge
Cette nouvelle doctrine intervient alors que la RDC reste confrontée à la guerre dans l’Est du pays, où Kinshasa accuse le Rwanda de soutenir l’offensive du M23 et dénonce l’exploitation illégale des ressources naturelles congolaises.
Sur ce dossier, Tshisekedi a voulu clarifier sa ligne : la recherche de la paix ne signifiera pas l’acceptation d’un fait accompli militaire. Kinshasa, affirme-t-il, souhaite une paix « juste, vérifiable et durable », qui ne soit ni une capitulation devant la force ni un oubli des victimes.


Le Président congolais assume ainsi un double impératif : négocier pour parvenir à la paix tout en renforçant les capacités de défense du pays. Une apparente contradiction qu’il balaie d’une formule : « la paix donne à la défense sa finalité ; la défense donne à la paix sa garantie ».
Cette posture prend une dimension supplémentaire alors que la RDC siège, pour la période 2026-2027, comme membre non permanent du Conseil de sécurité des Nations unies. Kinshasa entend ainsi faire de sa nouvelle doctrine non seulement un instrument de politique intérieure, mais aussi un marqueur de son ambition diplomatique sur les questions de sécurité africaines.
Le CHESD, fabrique des décideurs
Au-delà du discours présidentiel, la cérémonie a également consacré dix années d’existence du CHESD et de l’École supérieure d’administration militaire (ESAM). Au total, 1 692 cadres civils et militaires ont été formés par ces institutions.
À la nouvelle promotion, Tshisekedi a adressé un message qui résume sa vision de cette élite appelée à prendre part aux décisions stratégiques du pays : le savoir n’est pas un privilège, mais une responsabilité.
Pour le président congolais, les nouveaux diplômés devront désormais dépasser la gestion de l’urgence, privilégier l’intérêt général et être capables de décider avec « lucidité, courage et hauteur ».
Derrière la célébration académique, le message présidentiel est donc politique : Kinshasa veut former non seulement des experts de la défense, mais une génération de décideurs capables de penser la sécurité congolaise depuis Kinshasa, avec ses propres priorités et ses propres intérêts. La bataille pour la souveraineté, selon Tshisekedi, commence autant dans les écoles de stratégie que sur les champs de bataille.
Rédaction




















































