La semaine qui s’achève aura suscité de l’espoir auprès d’une certaine opinion pensant que le vent diplomatique aurait changé de direction, favorablement à la République démocratique du Congo (RDC). Des réserves légitimes ne peuvent qu’être émises…
En effet, coup sur coup, le pays a assisté à l’annonce par les États-Unis d’Amérique, le jeudi 20 février 2025, des sanctions financières contre deux caciques – et pas des moindres – du régime rwandais. Le premier, James Kabarebe, qui a mené l’épopée guerrière du Rwanda contre le Zaïre de Mobutu et le Congo de L.D. Kabila – sous le label de l’AFDL – jusqu’à devenir le chef d’État major de l’armée congolaise avant d’être renvoyé dans son pays, le Rwanda, où il occupe actuellement le poste du ministre de la Coopération régionale. Le second, c’est Lawrence Kanyuka Kingston, membre éminent et porte-parole militaire du M23 et de la River Alliance.
Pas plus tard que le vendredi 21 février 2025, c’était le tour de l’Union Européenne d’annoncer la convocation de l’ambassadeur du Rwanda auprès de l’UE. Le même jour, à New-York, le Conseil de sécurité de l’ONU votait à l’unanimité la résolution 2773 mettant clairement et pour la première fois en cause le Rwanda pour son soutien au M23 ainsi que pour sa violation de l’intégrité territoriale de la RDC.
D’aucuns ont vu à travers ces gesticulations enfumantes un tournant diplomatique décisif dans la guerre au Congo. Sauf qu’en réalité, le prétendu « changement d’attitude » de la communauté internationale, longtemps indifférente à la longue et lourde tragédie du peuple congolais, ne peut être pris qu’avec des pincettes. Il ne faut pas perdre de vue que tout en condamnant le Rwanda pour son soutien au M23, les Nations-Unies ont en quelque sorte renvoyé dos à dos le bourreau (le Rwanda) et sa victime (la RDC), en préconisant la reprise des pourparlers diplomatiques, conformément au processus de Luanda, le principal cadre de négociations entre Kigali et Kinshasa, et à celui de Nairobi. Cette politique d’autruche est tout simplement déplorable et inadmissible!
Desmond Tutu ne disait-il pas que: « Être neutre en situation d’injustice, c’est choisir le camp de l’oppresseur »?
À tout prendre, ces résolutions soulèvent quelques inquiétudes:
- d’abord, les résolutions n’ont aucune valeur contraignante vis-à-vis de l’État condamné. À titre exemplatif, la résolution 1097 du 18 février 1997 du conseil de sécurité – similaire à l’actuelle 2773 du 21 février 2025 – n’avait pas fait obstacle à la progression du cheval de Troie rwandais qu’était l’Afdl jusqu’à Kinshasa, avant de se muer successivement en CNPP puis RCD et enfin, M23.
- Même si c’est bien vrai que, dans sa dernière résolution, l’ONU se déclarait prête à prendre de nouvelles mesures contre les personnes qui contribueraient à la poursuite du conflit dans l’est de la RDC, cela n’a pas conséquemment empêché, mieux contraint le Rwanda et ses supplétifs de continuer imperturbablement leur entreprise meurtrière et extensive d’occupation en RDC.
Est-ce que le droit de légitime défense de la RDC – injustement agressée par un autre état membre de l’ONU, bien stigmatisé qu’est le Rwanda, en violation des dispositions de la charte onusienne – pourrait-elle être maladroitement interprété et lui valoir des sanctions brandies par l’ONU?
- À supposer que le Rwanda accède à la demande du conseil de sécurité des Nations-Unies de retirer ses troupes du territoire congolais, comment factuellement vérifier l’effectivité d’un tel désengagement quand on ignore led effectif des éléments qui appuient et combattent aux côtés des terroristes du M23?
- C’est une chose d’exiger le retrait des troupes rwandaises et de ses laquais du territoire congolais, c’est bien une autre de s’en assurer. Pourquoi donc ce silence déconcertant à l’endroit des puissances qui arment et financent le Rwanda?
- Qui plus est, le non respect par le Rwanda des exigences de la cessation des hostilités et du retrait de ses troupes et supplétifs du sol congolais avant toute négociation ne lui servirait que de monnaie de marchandage.cessation des hostilités exigées par l’organisation.
- Dans cette perspective, ne serait-ce pas la balkanisation de fait?
- Étant donné la condamnation des FARDC par le conseil de sécurité des Nations-Unies pour le soutien qu’elles apporteraient aux FDLR, pourquoi ne pas aller au bout de la logique en exigeant au Rwanda d’envisager de son côté les négociations directes avec ses rebelles (FDLR)?
Celui qui veut la paix, prépare la guerre, dit-on. Pour bloquer l’élan d’invasion du pays, en plus de la diplomatie qui, par moment, fait traîner les choses, la réorganisation de l’armée nationale, la mobilisation permanente du peuple ainsi que la coopération militaire directe avec certaines puissances devraient être prioritaires dans le contexte actuel afin d’éviter à l’ennemi de bien s’implanter sur le terrain déjà conquis et de se légitimer auprès, non seulement de la population locale, mais aussi de la communauté internationale.
Jean K. Minga



















































