Comme souvent en politique, la vérité se situe rarement aux extrêmes. Après la journée « ville morte » décrétée mercredi par la coalition de l’opposition dite « Article 64 », les uns crient à la victoire tandis que les autres dénoncent un échec retentissant. Pourtant, au-delà des déclarations triomphalistes ou des discours de minimisation, une réalité s’impose : chaque camp politique a désormais matière à réflexion.
L’opposition avait appelé la population à observer une journée de paralysie des activités pour protester contre le projet de changement de la Constitution porté par la majorité au pouvoir. À l’issue de cette mobilisation, ses leaders se sont félicités de « l’adhésion populaire », particulièrement dans plusieurs communes de Kinshasa où l’activité économique a effectivement tourné au ralenti pendant une bonne partie de la journée.
De son côté, le pouvoir rejette catégoriquement cette lecture. D’après les différentes réactions postées sur les réseaux sociaux, « l’appel n’a pas connu l’ampleur nationale espérée par ses initiateurs et plusieurs villes du pays ont continué à fonctionner normalement ».
D’où la conclusion, pour eux, « d’un échec politique » de l’opposition.
Mais réduire cette journée à un simple débat sur les chiffres ou sur le taux de participation serait passer à côté de l’essentiel.
La première leçon est destinée au pouvoir. Même si la mobilisation n’a pas été uniforme sur toute l’étendue du territoire national, le ralentissement observé dans la capitale constitue un signal politique qu’il serait imprudent d’ignorer.
En effet, Kinshasa demeure le principal centre politique, économique et médiatique du pays. Lorsqu’une partie importante de sa population choisit de répondre à un mot d’ordre de protestation, cela traduit forcément une inquiétude ou une méfiance qu’il convient d’écouter.
La question du changement de la Constitution suscite des interrogations réelles au sein de l’opinion. Face à un sujet aussi sensible, le pouvoir gagnerait davantage à privilégier la pédagogie, la transparence et le dialogue plutôt qu’à considérer toute contestation comme une simple agitation politique.
La seconde leçon s’adresse à l’opposition. Si elle a démontré sa capacité à mobiliser dans certains bastions, elle mesure également les limites de son influence sur l’ensemble du territoire national. La faible observance de l’appel dans plusieurs provinces rappelle qu’une dynamique nationale ne se construit pas uniquement à travers les réseaux sociaux ou les déclarations de leaders politiques.
Pour espérer peser davantage dans le débat public, l’opposition devra renforcer sa cohésion interne, clarifier son projet politique et développer un ancrage plus solide auprès des populations de l’intérieur du pays. La contestation seule ne suffit pas ; elle doit s’accompagner d’une vision capable de rassembler au-delà des cercles déjà convaincus.
En définitive, cette journée « ville morte » n’a peut-être ni consacré une victoire éclatante de l’opposition ni confirmé une domination incontestable du pouvoir. Elle a surtout révélé l’existence d’un rapport de force politique qui continue de s’exprimer dans le pays.
Dans une démocratie, les manifestations, les protestations et les débats sur les grandes réformes institutionnelles doivent être perçus comme des indicateurs de la vitalité politique et non comme des menaces.
Le véritable enjeu pour les acteurs politiques congolais n’est donc pas de savoir qui a gagné la bataille de la communication de ce mercredi, mais qui saura tirer les bonnes leçons pour préserver la cohésion nationale à l’approche des prochaines échéances.
Car au final, lorsqu’une nation se divise sur des questions aussi fondamentales que sa Constitution, aucun camp ne peut durablement gouverner sans prospection des évidences de terrain, et aucune opposition ne peut durablement convaincre sans organisation.
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