A l’instar d’autres nations du monde, la République Démocratique du Congo traverse actuellement une crise sanitaire dûe à la pandémie de Coronavirus. Elle enregistre déjà 65 cas testés positifs dont 6 morts et 3 guéris. L’apparition de ce virus intervient au moment où le pays traverse une longue crise sécuritaire , notamment à Beni , dans la province du Nord-Kivu.
Dans une chronique parvenue à politiquerdc.net ce samedi 28 mars 2020, Jean K. Minga – analyste politique et consultant à votre média en ligne – tente de décrire l’inadéquation de la prise en charge socio-économique d’une certaine catégorie professionnelle, pourtant à l’avant-garde, dans la gestion des crises sanitaire et sécuritaire en RDC face à une autre, plus favorisée, mais absente dans ce genre de situation.
Très critique à l’endroit des politiciens et pasteurs, Jean K. Minga qui souhaite une amélioration de la situation à l’issue de ces deux crises que traverse le pays, présente également le tableau de quelques professions cibles en période des crises sus-évoquées en RDC.
Ci-dessous l’intégralité de sa tribune.
RDC :le droit à l’épreuve des crises sanitaire et sécuritaire ( chronique de Jean K. Minga)
Le droit est défini comme « l’ensemble des règles qui régissent la conduite de l’homme en société, les rapports sociaux »; ou de façon plus complète « l’ensemble des règles imposées aux membres d’une société pour que leurs rapports sociaux échappent à l’arbitraire et à la violence des individus, et soient conformes à l’éthique dominante. »
Loin de moi l’idée de me perdre dans les considérations théoriques, ma démarche de ce jour vise à réfléchir sur les moyens de repenser la société congolaise, au regard des extrêmes privilèges réservés à certaines catégories socioprofessionnelles et pas à d’autres, à l’issue de ces deux crises qui minent la RDC. Ce criant écart de faveur est injuste et condamnable.
En effet, après le second conflit planétaire, en Belgique comme en France par exemple, le vote – autrefois censitaire – est progressivement devenu universel pour s’ouvrir rien qu’aux hommes adultes. (Il en est de même de la suppression de la notion de salaire de femme.)
C’est par la suite que ce droit s’est étendu à la femme, compte tenu du rôle joué par la gente féminine pendant la guerre. La femme a acquis le droit d’adhérer à une organisation syndicale tout comme celui de détenir un passeport.
Ce sommaire rappel historique vise à montrer que ces droits – aujourd’hui banals pour certains – ont été acquis de haute lutte et surtout après la période de crise.
En conséquence, la RDC ne peut pas se confiner dans l’indifférence de la nécessaire évolution du droit envers certaines catégories de la société dont le rôle s’est révélé capital à travers les deux crises considérées.
Catégories favorisées
En RDC, les deux catégories sociales qui s’en sortent le mieux sont les politiciens et les pasteurs.
Dans l’un comme dans l’autre cas – à quelques exceptions près -, l’accès à la profession n’est pas soumis à l’observation rigoureuse des valeurs morales ou scientifiques. Il suffit – pour la plupart des cas – d’une dose d’escroquerie enrobée des propos lénifiants à l’endroit des inconditionnels fanatiques qui font leur force.
Cette catégorisation masque cependant de grandes disparités à l’intérieur de chaque groupe. Raison pour laquelle, il convient de démêler les fils.
Les politiciens au pouvoir
Ce sont eux qui accumulent outrancièrement les avantages divers en plus des salaires mirobolants. Pire, ils se livrent au pillage des deniers publics en utilisant des expressions moralement adoucissantes du genre « motivation, rétrocommissions, etc ». Sans réellement travailler pour la Nation, ils se ménagent – au compte de l’État – des retraites dorées d’ancien président, ancien premier ministre, etc.
Ils n’ont essentiellement pour mérite que leur carrière criminelle, politiquement et économiquement.
Les politiciens institutionnels
Je pense surtout aux parlementaires de l’opposition. Ils ne rivalisent pas les autres, mais ils prennent part au vote en rapport aux salaires exorbitants et avantages insolents qu’ils se réservent alors que le peuple qu’ils sont censés être de dignes représentants croupit dans la misère la plus noire.
Avec la fortune honteusement acquise, ils érigent les barrières financières d’accès au parlement aux autres, en exigeant une caution non remboursable au dépôt de candidature.
Et pourtant, le parlement n’est pas un forum des nantis, mais celui des gens appelés à réfléchir pour le bien et l’avenir du pays.
Il faut que cette mesure tombe, car elle prive le parlement de bons éléments rien que parce qu’ils sont démunis!
Aussi, on peut bien se passer de la chambre haute de ce parlement sans causer du tort à la Nation.
Les politiciens non institutionnels
Ils sont les moins lotis, mais certains profitent de leur aura pour se vendre au plus offrant, à chaque consultation. Nombre d’entre eux sont des prostitués politiques
Les Pasteurs
Certains, si pas la majorité d’entre eux, ont réussi à prendre Dieu en otage pour vendre du vent aux naïfs afin d’accumuler la richesse matérielle, pas spirituelle.
Ils rivalisent dans l’acquisition des voitures et maisons, mais aussi la conquête des femmes, jeunes et moins jeunes!
Ils enfument leurs ouailles de miracles de guérison voire de résurrection. Depuis l’avènement du Covip-19, ils se font discrets. Les plus irréductibles vont jusqu’à exiger par messages vidéo et audio les offrandes et dimes par voie électronique.
S’offrant en vedettariat, ils profitent de leur visibilité pour accompagner les détenteurs du pouvoir et leur soutirer aussi de l’argent et d’autres biens.
Toutes ces catégories ont montré leur relative utilité lors de ces deux crises. Par contre, les autres corps professionnels ont prouvé qu’ils sont indispensables.
Catégories négligées mais importantes
L’armée
Il aurait été plus aisé de parler des forces armées et de sécurité, mais nous préférons nous limiter aux militaires pour la brièveté de l’exposé.
Ce sont eux qui sont en première ligne dans la lutte contre l’insécurité persistante à Beni. Et pour quel salaire? Ils versent leur sang pour la vie des autres. Il ne faut pas attendre qu’ils soient au front pour leur accorder quelques trompeuses primes. Ils ne sont pas bons pour mourir et mauvais pour les autres aspects de la vie. Ils méritent des salaires leur permettant de nourrir leurs familles.
Qui se rappelle encore des dignes fils comme général Mahele, Colonel Mamadou Ndala, général Mbuza Mabe etc pour leur engagement dans la défense du pays? Dieu seul sait s’ils ont eu droit à une sépulture digne. Et pourtant, on construit les mausolées pour les défunts politiciens!
Le corps médical
Plus que par le passé, les médecins et les infirmiers ont montré en ces temps dominés par l’épidémie de Coronavirus qu’ils peuvent sacrifier leur vie pour sauver celle des autres.
Les services essentiels au capitalisme et à une société empreinte d’anarchie sont paralysés, mais en dépit du salaire misérable, les médecins et le reste du corps médical sont restés actifs. Il n’y a pourtant pas longtemps, ils ont été la cible d’un traitement dégradant et inhumain pour avoir revendiqué un salaire décent. Ils ont été gazés l’année dernière à l’occasion d’une marche pacifique. L’actualité leur donne raison et il faut en tenir compte après cette crise.
Au-delà des salaires, ce sont les institutions hospitalières qui méritent plus d’attention. Les autorités avaient coutume d’aller à l’étranger ou y envoyer les leurs pour se soigner. La fermeture de l’espace aérien de ces pays a confiné Congolais nantis et démunis au pays. D’où, il faut améliorer les soins de santé en RDC.
Les enseignants et les chercheurs
Parents pauvres, l’enseignement et la recherche sont moins lotis au budget du gouvernement. Alors que sous d’autres cieux, des moyens importants sont débloqués par les Etats afin de pousser des recherches nécessaires à combattre la pandémie et son remède médical.
C’est dans cet ordre qu’après recherche scientifique, la Chloroquine semble aujourd’hui – sauf preuve contraire – le meilleur remède à cette pandémie qui passe pour un épouvantail planétaire. Aux États-unis comme en France – pour ne citer que ces deux pays – on ne parie que sur ce produit. Et pourtant, le professeur Ikwalanga de l’université de Lubumbashi a été le premier à mettre sur pied ce médicament. Il n’a pas rencontré la moindre reconnaissance dans son pays.
À travers lui, la pandémie a permis de montrer l’importance des enseignants et des chercheurs. Ils méritent un traitement à la hauteur de leurs contributions à l’avancement de notre pays.
Et d’ailleurs, pendant que les universités et écoles de la RDC sont fermées, les autres pays ont trouvé la solution alternative à la présence physique dans les auditoires. Les enseignements sont dispensés en ligne et les cours continuent.
En RDC , cette solution est inenvisageable à cause d’un budget dérisoire réservé à l’enseignement.
Il faut que ça change.
Les croque-morts Eboueurs et les cantonniers
Dans les pays où le Covid-19 fait rage, les employés des pompes funèbres n’ont jamais été sollicités autant qu’en temps de guerre. Pendant que tout le monde est confiné chez soi, ils sont chargés de la mise en bière des défunts et de leur transport au cimetière, puis de leur inhumation. C’est indispensable pour l’hygiène et la santé publique.
Ailleurs, ils sont bien rémunérés et sont habituellement bien habillés. En RDC, c’est une tache ingrate réservée aux malheureux pauvres.
Sur un registre similaire, il convient d’ajouter les éboueurs et les cantonniers. La grève des éboueurs à Paris et à Bruxelles a offert aux deux villes une pollution olfactive mais aussi visuelle peu flatteuse. Leur situation a été rapidement revue et les deux agglomérations ont retrouvé leur visage.
À Kinshasa, c’est le cadet des soucis des autorités. Kinshasa-La-Belle est devenue une poubelle à ciel ouvert, puante et répugnante. Les Eboueurs et les cantonniers méritent un salaire attrayant.
Conclusion
Entre ceux qui ne veulent rien faire et ceux qui veulent tout défaire, nous prônons de bien faire.
La démocratie pour le peuple mais sans lui doit s’arrêter. On a marre des slogans fumeux.
Il faut, à la sortie de ces deux crises – peu importe l’étendue des dégâts – revoir les droits des uns et des autres.
Chronique de Jean K. MINGA, consultant à politiquerdc.net



















































