Vital Kamerhe , l’âne qui bosse pour les autres ( chronique du pr José-Adolphe Voto)

Vital Kamerhe fait l’objet à ce jour d’un procès qui risque de compromettre son avenir politique. L’homme a été pourtant appelé à une haute destinée, à voir son parcours politique. Fruit bien mûr de l’université congolaise, Vital Kamerhe a connu un parcours élogieux en politique : membre du Frojemo (Front des Jeunes Mobutistes), et Directeur de cabinet dans plusieurs ministères, il fréquente l’UDPS avant de s’approcher de M’zee et ensuite de Joseph Kabila. Ensemble, ils vont créer le PPRD dont il devint le secrétaire Général. Kamerhe va ensuite rejoindre l’opposition avant de revenir vers Kabila dans une coalition qui dirige aujourd’hui le pays. Un parcours qui lui a permis de côtoyer toute la classe politique congolaise. 

Ce qui lui a donné l’occasion d’être au centre de tous les enjeux politiques depuis les vingt dernières années.
Faiseur des rois, Kamerhe a été le maître des stratégies qui ont emmené à la Présidence Joseph Kabila en 2006 et Félix Tshisekedi en 2019. Si bien qu’à chaque grand rendez-vous de l’histoire de la RDC, Kamerhe est pressenti à des hautes fonctions, mais qui finissent par lui filer entre les doigts, pour enfin se contenter que des miettes, au regard des services rendus.

1. Pas vice-président en 2003

Lorsque Joseph Kabila prend la résolution de prendre langue avec les belligérants pour ramener la paix au Congo, c’est Vital Kamerhe qui est au manège et fait pratiquement le porte-parole du gouvernement et qui doit discuter avec les différentes rébellions.
Enfin diplomate, il mène cette mission avec brio jusqu’à la signature des accords de Sun city. Il fut le premier officiel du gouvernement à parcourir les territoires occupés par les rebellions après la signature des accords dans une grande campagne de pacification dénommée caravane de la paix. Ce qui lui a valu le surnom de pacificateur.
La formule 1+4 trouvée à Sun City pour contenter tout le monde prévoyait un vice-président pour chaque composante. Naturellement le poste du gouvernement pouvait revenir à Vital Kamerhe qui l’a si bien mérité, mais il sera octroyé à l’ancien compagnon de Mzee, Yerodia Ndombasi. Vital Kamerhe va se contenter du poste de Ministre de l’information.

2. Pas premier ministre en 2006

La transition acceptée à Sun City devrait déboucher sur l’organisation des élections en 2006. Kamerhe est désigné directeur de campagne électorale de Joseph Kabila. En véritable tribun, il parcourt tout le pays pour faire accepter un Kabila qui ne parle pas et qu’on présente comme un étranger. Kamerhe connait très bien le Congo qu’il a parcouru pendant sa jeunesse et parle toutes les langues nationales. Face au poids lourd Jean Pierre Bemba, Kamerhe a mouillé son maillot plus que le candidat Kabila lui-même.

Il ira même jusqu’à lui octroyer des titres académiques et publier un livre : ‘’Pourquoi j’ai choisi Kabila’’ pour vendre son produit. En véritable faiseur de roi, Kamerhe aurait bien mérité le poste du Premier Ministre, mais par un jeu de coalition avec le PALU, son parti le PPRD va octroyer la primature à Antoine Gizenga. Vital Kamerhe sera désigné président de l’Assemblée Nationale.
Un poste important certes, qu’il méritait d’ailleurs, étant le deuxième meilleur député élu de la République avec plus de 100.000 voix, juste après Moïse Katumbi. Mais il ne fera que quelques temps avant d’être éjecté par son parti avec qui il ne partageait plus la même vision. Kamerhe entre ainsi dans l’opposition et crée son propre parti, l’UNC.

3. Pas premier ministre en 2016

Après avoir échoué à l’élection présidentielle de 2011, Vital Kamerhe traverse un long tunnel. Il est le mal aimé de tous. La Majorité Présidentielle le déteste pour sa trahison. L’opposition tshisekediste lui en veut d’avoir dispersé les voix de l’opposition en défaveur d’Etienne Tshisekedi. Kamerhe est isolé et son avenir politique semble compromis.
Mais c’est sans compter avec la capacité de l’homme à rebondir. Les élections attendues en 2016 ne sont pas organisées. Joseph Kabila qui s’accroche au pouvoir bataille pour un troisième mandat et débouche sur un glissement. Face à cette situation, le pouvoir qui veut gagner du temps appelle à une concertation.
L’ancien premier ministre togolais Edem Kodjo est appelé à la rescousse. Comme toujours, Vital Kamerhe est au premier plan. C’est lui qui mobilise l’opposition qui boude cette rencontre. Il arrive tout de même à convaincre un bon nombre, de quoi valider le forum.
Les bruits courent que c’est Vital Kamerhe, le leader phare de cette partie de l’opposition qui a pris part à la messe de la cité de l’OUA qui sera le Premier Ministre de cette énième transition qui ne dit pas son nom. Mais à la surprise générale, c’est un cadre débauché de l’UDPS, Samy Badibanga qui est désigné Premier Ministre. Encore une fois, Vital Kamerhe se retrouve comme un âne qui prête son dos aux autres pour qu’ils arrivent et ne bénéficie que des miettes en retour.

4. Pas premier ministre en 2019

Kamerhe n’entrera pas dans ce gouvernement conduit par un poids mouche. Il y place quelques lieutenants. Mais paradoxalement, il rejoint l’opposition radicale qui se réunit à Genève pour barrer la route à Kabila et à sa succession. Il est parmi les sept patrons qui créent Lamuka et qui prennent l’engagement de lutter ensemble. Devant la disqualification de plusieurs leaders à la présidentielle, les membres de Lamuka s’accordent pour désigner un seul candidat afin de maximiser les chances de battre le camp Kabila. Martin Fayulu est désigné candidat unique de Lamuka.
Mais c’est sans compter avec la capacité de retournement de Vital Kamerhe qui, dans l’entretemps, avait déjà renoué avec son allié de jadis, Joseph Kabila. La photo de famille prise à la cérémonie de signature de l’accord montrait déjà que Kamerhe et Tshisekedi n’étaient pas en cravate. Donc un non événement.

Il va retirer Félix Tshisekedi de Lamuka au lendemain pour signer un autre accord à Nairobi dont les termes prévoient que Kamerhe soutient Tshisekedi à la présidentielle de 2018 pour que ce dernier lui rende l’ascenseur en 2023. En attendant, Kamerhe sera le Premier Ministre de Tshisekedi en cas de victoire. On lui accorde de sobriquet de Kamerhéon à cause de ses changements au gré des intérêts. Tshisekedi deviendra effectivement Président de la République, mais Kamerhe ne sera pas son Premier Ministre. Au nom d’un autre accord signé avec le FCC, c’est Ilunga Ilukamba qui sera Premier Ministre. Il va se contenter du poste de Directeur de cabinet, se sentant encore une fois à l’étroit dans un gouvernement qui aurait porté son nom.

5. Pas Président en 2023

Les chances pour Vital Kamerhe d’être élu Président de la République Démocratique du Congo s’éloignent du jour le jour. D’abord, Félix Tshisekedi donne à Joseph Kabila toute la protection souhaitée par ce dernier qui ne cache pas ses ambitions de revenir aux affaires à la Poutine en 2023, la meilleure façon pour lui de se sécuriser face aux menaces internes et externes. Félix Tshisekedi qui prend lui-même goût du pouvoir sera partagé entre l’envie de s’accrocher au fauteuil et de rendre l’ascenseur à Kabila ou à Kamerhe.
Ensuite, vient ce procès de la honte qui risque de casser la carrière de celui qu’on a tantôt appelé pacificateur, tantôt faiseur des rois. Car, de toutes les façons, coupable ou pas, il n’en sortira pas indemne. Il ne sera peut-être pas totalement écrasé, mais diminué.
Ce qui est vrai, il ne reviendra plus comme Directeur de cabinet du Président de la République compte tenu du climat malsain entre lui et l’UDPS qui lui fait porter tous les péchés d’Israël. Kamerhe quitte en catastrophe le poste de Directeur de cabinet une année après, de la même façon qu’il a quitté le poste du président de l’Assemblée Nationale. Comme une déveine, Kamerhe n’aura été ni Premier Ministre, ni Vice-Président, ni Président. En outre, il pèse tellement sur l’échiquier politique qu’il est difficile à caser. Dommage que ce soit des vieillards et les moins compétents que lui qui sont désignés en cas d’opportunité : Yerodia, Gizenga, Ilukamba, Badibanga.
Souvent prêt du but, mais toujours passant à côté.
Peut-être que c’est le destin de l’homme. Celui d’être grand sans être au sommet, comme Etienne Tshisekedi. Mais tout ceci, c’est sans compter avec la capacité acrobatique de cet animal politique.

Chronique du Pr José-Adolphe Voto, éditorialiste à politiquerdc.net.

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