Dans la province du Sud-Ubangi, la situation des enseignants dont la paie est confiée à la Caritas Budjala alimente une vive indignation. Les professionnels de l’éducation dénoncent ce qu’ils qualifient d’« esclavagisme moderne », après avoir cumulé trois mois d’arriérés de salaire – octobre, novembre et décembre – sans qu’un calendrier clair de paiement soit annoncé.
Selon plusieurs témoignages recueillis sur place, la structure paie « quand elle veut », sans tenir compte des réalités sociales des enseignants, majoritairement parents de famille et entièrement dépendants de leurs revenues pour la survie.
Un enseignant de 6ᵉ primaire ayant requis l’anonymat, décrit une situation d’humiliation permanente : « trois mois sans salaire, c’est trois mois sans dignité. Mes enfants ont quitté l’école faute de frais et je vis à crédit chez les voisins pour nourrir ma famille», a-t-il déclaré.
Son cas n’est pas isolé, car la même détresse est perceptible chez une institutrice : « nous croupissons dans la misère. Je ne parviens plus à payer le loyer ni à me soigner. Caritas nous exploite sous couvert d’aide humanitaire. C’est de l’esclavagisme moderne. »
Pour un enseignant des sciences, la souffrance est devenue quotidienne . « On nous demande de travailler normalement alors que nos familles ont faim. Pendant que d’autres célèbrent les fêtes, nous comptons les jours sans manger correctement », a déploré cet enseignant, toujours sous le sceau de l’anonymat.
La colère est d’autant plus forte qu’une promesse officielle n’a pas été tenue. Le ministre provincial de l’EDU-NC, Félix Mondesi, avait assuré que la reprise du travail serait suivie du paiement de deux mois d’arriérés, octobre et novembre. À ce jour, aucun franc n’a été versé. Cette parole non respectée renforce le sentiment d’abandon et de mépris au sein du corps enseignant concerné.
Face à cette crise, le silence des autorités provinciales et nationales de l’EDU-NC interroge. Aucune mesure contraignante, aucune communication officielle, aucune solution durable n’a été présentée. Cette « inaction » prolongée cautionne de fait la précarisation continue des enseignants, pourtant piliers du système éducatif local.
Si cette situation perdure, les conséquences sont prévisibles : démotivation généralisée, perturbations scolaires, baisse de la qualité de l’enseignement et aggravation de la fracture sociale. Dans le Sud-Ubangi, la question n’est plus de savoir si les enseignants méritent d’être payés, mais jusqu’à quand les institutions accepteront que leur dignité soit piétinée. Qui répondra de cette souffrance devenue chronique ?
Honoré Eyenga
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