Dans notre livraison du 14 décembre dernier, les enseignants de Budjala ont, sans détour, dénoncé par voie médiatique le traitement qu’ils qualifient d’inhumain dont ils font l’objet de la part de Caritas Budjala. Institution censée lutter contre l’injustice, la pauvreté et la précarité, en vertu de son appartenance à la confédération mondiale des organisations caritatives catholiques, Caritas Budjala avait pourtant conclu un accord avec le gouvernement congolais pour assurer le paiement des enseignants. Si cette initiative mérite d’être saluée dans son principe, la réalité observée sur le terrain semble en trahir les objectifs déclarés.
En effet, excédés par plusieurs mois d’arriérés de salaires, les enseignants de Budjala se sont confiés à politiquerdc.net pour exprimer publiquement leur ras-le-bol. En guise de réaction, Caritas Budjala s’est limitée à un service minimum, en procédant au paiement d’un seul mois de salaire, alors que ces enseignants accusent trois mois d’arriérés.
Ce règlement partiel, couvrant à peine un tiers des sommes dues, contredit non seulement les engagements pris par le ministre provincial de l’Éducation nationale et Nouvelle Citoyenneté (EDU-NC), Félix Mondesie, mais heurte également les valeurs proclamées par cette organisation catholique. Il convient de rappeler que le ministre précité avait exhorté les enseignants à suspendre leur mouvement de grève et à reprendre le travail, en leur promettant formellement le paiement de deux mois d’arriérés avant la fin du mois de novembre. À ce jour, cette promesse demeure lettre morte, alimentant frustration et amertume à la veille des fêtes de Noël.
Face à cette situation, les enseignants s’interrogent sur les responsabilités réelles. L’État congolais faillit-il à ses obligations ou Caritas Budjala contribue-t-elle à aggraver leur calvaire ? Du point de vue des enseignants concernés, le constat est sans appel : travailler durant trois mois pour n’être payé qu’un seul relève d’une forme d’exploitation.
« On ne peut pas traiter ainsi des enseignants, chefs de famille et piliers du système éducatif », dénoncent-ils unanimement.
Dans une école primaire de la place, un enseignant, visiblement exaspéré, évoque un sentiment de mépris et de moquerie. Selon lui, le maigre salaire perçu sera aussitôt englouti par le remboursement des dettes contractées pour assurer la survie quotidienne de sa famille. « Après cela, que me restera-t-il ? », s’interroge-t-il, illustrant la précarité extrême vécue par de nombreux professionnels de l’éducation.
Malgré la gravité de la situation, aucune réaction officielle n’a été enregistrée, ni au niveau provincial ni au niveau national. Les députés provinciaux et nationaux brillent par leur silence, abandonnant ainsi des centaines d’enseignants à leur triste sort. Cette indifférence institutionnelle fait planer le spectre d’une crise éducative plus profonde dans la province du Sud-Ubangi.
Les enseignants préviennent : sans une solution rapide, durable et structurelle, les conséquences pourraient être lourdes — démotivation généralisée, reprise des mouvements de grève et dégradation accrue de la qualité de l’enseignement. Une fois de plus, ce sont les élèves et l’avenir de toute une province qui risquent de payer le prix de l’inaction des décideurs publics.
Correspondance de Honoré Eyenga



















































