Dans une sortie au ton particulièrement incisif, Jean-Pierre Bemba s’en est vivement pris à Joseph Kabila à la suite de son allocution de vendredi dernier. L’ancien vice-président de la République et président national du Mouvement de libération du Congo (MLC) a revisité les années de pouvoir de l’ancien chef de l’État, évoqué les violences et les divisions qui ont marqué cette période et défendu le bilan du président Félix-Antoine Tshisekedi. Au cœur de sa prise de position : la souveraineté nationale, l’unité des Congolais et l’exigence de justice pour les victimes. Une déclaration qui remet sur la table plusieurs dossiers sensibles de la vie politique congolaise.
« Hippolyte Kanambe Kazemberembe, alias Joseph Kabila, votre allocution ne trompe personne ».
C’est par cette phrase que le président national du MLC, Jean-Pierre Bemba, a introduit sa réaction, dans un tweet publié samedi, en réponse à l’allocution de l’ancien Président de la RDC.
« Vous réapparaissez aujourd’hui en donneur de leçons, présumant l’amnésie du peuple congolais. Mais l’Histoire retient les faits incontestables : vous avez triché aux élections de 2006 et vous n’avez pas été élu par le peuple en 2011. Vous êtes et demeurez un imposteur et un usurpateur », a-t-il déclaré d’entrée de jeu.
Le ton est donné. Dans cette réaction, Jean-Pierre Bemba est revenu sur les années de pouvoir de celui qu’il accuse d’être un « agent rwandais » et a formulé de graves accusations à son encontre, notamment au sujet de la légitimité de son accession et de son maintien au pouvoir.
« Votre mémoire sélective ne saurait effacer dix-huit ans de pouvoir illégitime, marqués par la terreur, les massacres, le pillage de nos richesses et l’impunité. Les âmes de nos morts réclament justice, et notre terre porte encore les cicatrices de tant de souffrances », a rappelé Bemba.
Au-delà du bilan politique de l’ancien chef de l’État, le président du MLC a placé la question de l’influence étrangère au centre de son réquisitoire. Il a accusé Joseph Kabila d’avoir laissé des réseaux d’influence au sein des institutions congolaises.
« La République démocratique du Congo n’a besoin ni d’un émissaire de Kigali, ni d’une marionnette aux ordres d’intérêts étrangers. Vous avez certes quitté le pouvoir, mais vous avez pris soin de laisser des agents de Kigali dans les plus hautes sphères de l’État, contribuant à freiner l’émancipation de la République démocratique du Congo et à maintenir notre pays sous influence étrangère », a-t-il enchaîné.
Ces propos traduisent la place centrale qu’occupe la souveraineté nationale dans sa réponse à l’ancien Président, sur fond de tensions persistantes autour des relations entre Kinshasa et Kigali.
Bemba s’est également attardé sur la cohésion nationale, qu’il estime fragilisée par les divisions communautaires. Il rappelle la diversité culturelle de la RDC et présenté celle-ci comme un facteur de richesse plutôt que de division.
« Le Congo, avec ses plus de 400 tribus et sa diversité culturelle exceptionnelle, a longtemps été une terre de cohabitation, d’échanges et de brassage entre ses populations. Malgré nos différences de langues, de coutumes et de traditions, les Congolais ont toujours su vivre ensemble et partager une identité nationale commune : notre diversité est une richesse. Pourtant, vous avez sciemment instillé le venin du tribalisme et importé des conflits venus d’ailleurs pour diviser les Congolais et fragiliser notre unité : le Congo et ses 2 345 409 km² appartiennent à tous ses enfants », a rappelé le patron du MLC.
À travers cette déclaration, il a placé l’unité du pays au centre du débat et mis en garde contre les discours et les pratiques susceptibles d’accentuer les fractures entre les communautés congolaises.
Dans la suite de son message, le numéro un du MLC a abordé la question des agressions contre la RDC. Il a accusé Joseph Kabila de n’avoir pas condamné les auteurs de ces actes et lui a imputé une responsabilité dans le chaos sécuritaire qu’il dénonce.
« Durant tout votre mandat, vous n’avez jamais condamné ceux qui agressent notre nation. Pire encore, vous avez sciemment consenti et participé à ce chaos en soutenant et finançant le M23 et l’AFDL pour troubler notre paix, tout en maintenant le pays sous embargo militaire afin de mieux nous étouffer et nous assujettir », a dénoncé celuiqu’on surnomme Igwe.
Ces accusations, particulièrement graves, constituent l’un des passages les plus sensibles de sa réaction. Elles replacent les questions de sécurité nationale, de souveraineté et de responsabilité politique au centre de la confrontation entre les deux hommes.
Revenant sur la période qui a suivi la présidence de J. Kabila, JP Bemba a affirmé que la dénonciation de l’agression rwandaise avait pris une nouvelle ampleur et a associé cette évolution à l’arrivée au pouvoir du Président Tshisekedi.
« Après votre présidence passée dans l’ombre du Rwanda, les dignes filles et fils du pays se sont levés pour dénoncer haut et fort les actes de l’agresseur rwandais. Mais vous avez oublié une chose essentielle : il s’agit de la terre de nos ancêtres. Le temps a fini par rendre son verdict, et il aura fallu qu’un véritable fils du pays prenne la tête de la nation pour que les choses évoluent enfin », a écrit M. Bemba.
Dans la foulée, il a défendu le bilan de l’actuel chef de l’État en mettant en avant plusieurs réalisations et mesures sociales qu’il a présentées comme des signes de changement.
« Aujourd’hui, le changement est clair. Sous la présidence de Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, des actions concrètes changent la vie des citoyens : la gratuité de l’enseignement primaire, la gratuité de la maternité, la multiplication par cinq du budget de l’État, la construction d’universités, de routes, d’aéroports, de ports, la réhabilitation et la relance des lignes ferroviaires et aériennes et tant d’autres », a-t-il poursuivi.
Cette défense du bilan présidentiel a donné une dimension supplémentaire à sa sortie : au-delà de la critique de Joseph Kabila, le président du MLC a voulu mettre en avant les orientations et les réalisations qu’il associe à la présidence actuelle.
« Le Congo ne sera jamais une province du Rwanda »
La souveraineté nationale constitue l’un des fils conducteurs de l’ensemble du message. L’homme au franc parlé a rejeté toute perspective de mise sous tutelle étrangère et insisté sur le caractère indivisible de l’État congolais.
« Le peuple refuse que son territoire redevienne le terrain de jeu de puissances étrangères. Le Congo ne sera jamais une province du Rwanda. Notre souveraineté ne se négocie pas et notre avenir ne se décidera ni à Kigali ni ailleurs. La République démocratique du Congo n’est ni une propriété privée, ni un butin à partager », a précisé l’ancien vice-Président de la République.
Par ces mots, il a placé la défense de l’intégrité territoriale et de l’indépendance politique au cœur de son message, dans un contexte où les relations régionales et la sécurité dans l’est du pays demeurent des enjeux majeurs.
Un hommage aux victimes de la répression
La réaction de Bemba s’est terminée par une pensée adressée aux victimes qu’il associe à la période de la présidence de Joseph Kabila. Plusieurs noms emblématiques de la société civile et des manifestations citoyennes ont été cités.
« Une pensée envers tous nos frères et sœurs assassinés sous la dictature de l’usurpateur pour un Congo libre : Floribert Chebeya, Armand Tungulu, Luc Nkulula, Thérèse Déchade Kapangala, Rossy Mukendi Tshimanga et tant d’autres », a rappelé M. Bemba.
Pour conclure, le n°3 du gouvernement Suminwa a adopté un registre patriotique et lancé un appel dont la portée dépasse la seule confrontation avec Kabila.
« Ne jamais trahir le Congo ! La patrie ou la mort ! Avec Dieu, nous vaincrons ! », a-t-il conclu.
Rédaction

























































