Ces propos sont ceux du Colonnel M’peti, ex- officier de Service national d’intelligence et de protection.
Pour réaliser la profondeur de sa déclaration, Replaçons-nous dans le contexte des années 1980, sous le règne du Léopard du Zaïre, abordant le virage de son déclin. Le Maréchal Mobutu Sese Seko – autrefois le chouchou de l’Occident n’est plus en odeur de sainteté auprès de les mêmes qui lui ont fait Rois. Les puissances occidentales ayant favorisé son ascension fulgurante au sommet de l’Etat congolais, en pleine guerre froide, ont subitement changé d’alliance, avec l’implosion du bloc communiste et son corollaire, la chute du mur de Berlin. La peur bleue de l’Occident de voir l’exploitation des riches mines du Zaïre – aujourd’hui RDC – hautement stratégiques basculer entre les mains de l’ennemi soviétique s’est calmée et la côte de popularité Mobutu dans le dispositif occidental – particulièrement américain – s’est affaissée. Il devenait même un obstacle à la mise en place de la nouvelle stratégie occidentale lorgnant sur l’immense sous-sol des régions orientales du Zaïre.

Et c’est dans cette ambiance qu’un officier de renseignements, de sérail du Maréchal Mobutu, ayant requis l’anonymat, mais que nous désignerons du nom « M’peti », raconte:
» Nous sommes entre les années 1985-1990 au Zaïre du Maréchal, quand les services des renseignements tournaient comme dans aucun autre pays d’Afrique. Notre agence, SNIP – Service nationale d’intelligence et de Protection – était une puissante agence de renseignements. Le Service national d’intelligence et de protection (SNIP) était un service de sécurité né de la fusion de l’Agence nationale de documentation (AND) et de l’Agence nationale de l’immigration, à l’époque du Zaïre. Le SNIP était subdivisé en deux branches: l’une chargée de la sécurité extérieure et l’autre de la sécurité intérieure. Le Maréchal avait ordonné au Premier Commissaire d’État à l’époque de veiller » qu’en dehors de l’or et d’autres minerais usuels de l’époque, personne ne devrait exploiter les autres mines dont les occidentaux veulent. Si vous exploitez ça, c’est la guerre. Et si j’apprends qu’un dignitaire zaïrois le fait, il m’aura sur son chemin. » , nous confie l’ex officier de renseignements M’peti.
Et de poursuivre, « comme les Occidentaux n’arrivaient pas à convaincre Mobutu de les laisser exploiter ces minerais, le coltan surtout nobium et autres, et que c’était difficile de l’intérieur de le faire sans éveiller ses différents services, il fallait se débarrasser de lui pour l’affaiblir. Voilà la raison fondamentale pour laquelle l’Occident a exercé la pression sur Mobutu sous le prétexte fallacieux de la démocratisation du Zaïre. Dans l’entretemps, ils s’employaient à trouver derrière quel projet et quelles forces extérieures, ils pouvaient dissimuler leur véritable intention d’accéder aux mines du Kivu. Vous comprenez ? »
Les mains tremblantes, l’officier M’peti continuait son petit récit. » En cherchant non seulement à affaiblir le Maréchal de l’intérieur avec les relents démocratiques de l’extérieur, il fallait entrer avec une force militaire pour contraindre les populations du Kivu à l’émigration et prendre le contrôle de ces régions minières.

Les Américains – derrière eux la cohorte des pays anglo-saxons – ont entrepris de mettre la main basse sur les ressources minières du Congo, projetant d’y construire un aéroport répondant aux dimensions de leurs appetits. Faute d’y parvenir, c’est Nairobi, au Kenya, qui servira de plaque tournante de leur projetsn. Et pourtant, comme indiqué ci-haut, les Américains voulaient construire cet aéroport à Kinshasa en vue de contrer la menace communiste en Angola. Et Mobutu, là aussi, s’est montré intraitable en opposant un refus parce qu’il voyait venir un danger pour son pouvoir. Je ferme cette parenthèse. Donc, les pays de l’Est au nombre desquels l’Ouganda, le Rwanda, le Burundi constituaient les meilleures postes d’observation et les portes d’entrée, non seulement à cause de la base-arrière qu’était le Kenya, mais ils avaient accès directement aux minerais. Or, le président rwandais de l’époque, Juvénal Habyarimana était proche du président zaïrois qui le protégeait. Lui ne pouvait pas se laisser manipuler par les anglo-saxons contre Mobutu. Il fallait absolument aux occidentaux un autre pion, et ça équivalait à un changement des régimes dans ces régions. Voilà pourquoi le plan de destabilisation du Congo est entré en action en Ouganda, avant de s’étendre au Rwanda et le Burundi. À l’époque le démon Tutsi ici, que vous appelez Hitler africain (Ndlr : Paul Kagame), venait de terminer son aide consistant à installer Yoweri Kaguta Museveni au pouvoir en Ouganda en 1986. Il était en formation comme officier de renseignement aux USA. Tu sais que Paul Kagame était le numéro un des renseignements Ougandais? Avec cette malheureuse histoire de génocide rwandais, les hutus comme les tutsi sont venus en masse chez nous et cette affluence sonnera le glas du régime du Maréchal Mobutu. Aujourd’hui à l’Est, on exploite les minerais que Mobutu craignait l’exploitation, c’est la guerre depuis près de 30 ans maintenant. Avec cette exploitation, le monde connaît aujourd’hui le boom de plusieurs technologies: les ordinateurs, les téléphones mobiles, les télécommunications… Tu m’as dit que tu es informaticien et pas seulement journaliste… Je pense que tu vois de quoi je parle. »
En conclusion de son propos, l’ex officier des Service nationale d’intelligence et de protection, s’est apaisanti sur la campagne électorale et les enjeux politiques actuels.
« Que Jean-Pierre Bemba soit ainsi engagé et déterminé, il a donc conscience du danger qui guette la nation ! Jean-Pierre Bemba – considéré par le Maréchal Mobutu pour son fils, à cause de son intelligence vive, un degré d’instruction hors paire etdiscipliné – soit déterminé à aider Félix Tshisekedi à consolider le pouvoir entre les mains des Congolais maintenant, est hautement significatif, parce que l’autre là, Joseph Kabila, n’était qu’un yesman des occidentaux et du Rwanda ; que Jean-Pierre Bemba renonce lui-même à ses ambitions présidentielles, lui qui a côtoyé Mobutu et Museveni, ce qu’il a conscience des menaces extérieures qui guettent notre pays. Les occidentaux ne supportent pas des nationalistes à la tête de notre pays car ils sont l’obstacle contre leur promesse à Paul Kagame, de lui donner des terres du Congo. Le peuple ne fait pas le lien de tout ça. Vous devez leur dire vous autres. Tshisekedi et Bemba – nos leaders – sont comme nos parents dans la maison. Est-ce que Papa et Maman disent à leurs enfants toutes les menaces qui guettent la famille ? S’ils disent les choses qu’ils savent, qu’on leur demande de faire, ils exposent leurs vies. Ce n’est que de manière voilée que nos parents nous parlent pour nous protéger. Moi j’ai vieilli, j’espère que tu pourras m’aider à écrire mes memoires d’officier de renseignement? »
« Notre peuple est un peu aujourd’hui comme les juifs dans le désert… Faut pas que la petite faim actuelle dans la désert nous fasse rappeler l’Égypte alors que nous allons droit vers la sortie de la crise sécuritaire et sûrement aussi la sortie de la crise sociale. Notre sauveur de l’Égypte ne s’appelle pas Moïse, nous ne sommes pas juifs », a conclu avec sourire, le Colonel M’peti.
Alain St. Bwembia





















































