Pour son fonctionnement harmonieux, une société civilisée évolue avec des normes sans lesquelles l’anarchie va incontestablement reconquérir les pans entiers laissés à l’abandon par l’inapplication des règles.
À l’instar d’autres secteurs d’activités humaines, la circulation sur la voie publique – trottoirs, chaussées, autoroutes, etc – est réglée, en dépit des spécificités propres à chaque groupe de pays, par le droit routier ou mieux le code de la route.
Celui-ci contient l’ensemble des lois et règlements relatifs à l’utilisation des voies publiques par les usagers, en l’occurrence les piétons, les cyclistes, les utilisateurs des deux roues à moteur, les automobilistes, etc. Au même titre que le code pénal, le code de la route – par ses règles – participe à la conduite harmonieuse, au civisme et au savoir-vivre des usagers de la voie publique.
L’inobservance des dispositions du code de la route, au lieu d’exposer graduellement et proportionnellement le contrevenant à la sanction, suivant l’acte infractionnel commis, se dilue complaisamment dans un rapide échange de mains d’un petit billet de banque entre le conducteur et l’agent de police.
Dans la ville de Kinshasa – et même en plein boulevard du 30 juin – la violation du code de la route est fréquente et elle émeut à peine la conscience. Nous allons essayer d’illustrer notre propos dans les lignes qui suivent par quelques cas
Absence de permis de conduire
La détention d’un permis de conduire en cours de validité est une première exigence que doit remplir un conducteur. C’est une présomption de la maîtrise de conduite d’un véhicule motorisé. Ce précieux sésame indique également la catégorie de l’engin dont l’individu est apte à conduire. Il reste que sur toute l’étendue de la République Démocratique du Congo, sauf à nous apporter la preuve contraire, personne ne détient un permis en règle. On tolère néanmoins les permis dont la durée de validité est arrivée à expiration. Cet état de chose laisse la frontière poreuse entre les vrais chauffeurs et tous les aventuriers qui savent à peine déplacer un véhicule sans le moindre apprentissage des règles qui gouvernent la conduite de tout engin motorisé sur la voie publique.
La plupart des motards roulent sans la moindre notion du code la route ni assurance. Cette ignorance leur donne l’impression qu’ils sont prioritaires sur le reste des usagers.
Circulation à contresens.
L’emprunt à sens contraire d’un tronçon est indistinctemment pratiqué aussi bien par les conducteurs de taxis ou des taxi bus que par les bus de la Transco. Les véhicules de police ne font pas exception. Il en est de même de nombreux véhicules 4×4 avec vitres teintées qui circulent en contresens et roulent le plus souvent en grande vitesse. Les motards sont les champions toutes catégories.
Utilisation de trottoirs par les véhicules
Les trottoirs – considérés autrefois comme des espaces piétonniers – sont envahis par les automobilistes et les motards impatients. Et Dieu seul sait combien ils sont nombreux. Les usagers faibles tels que les piétons sont en insécurité permanente et souvent la cible d’injures pour entrave à la circulation des véhicules.
Les manœuvres dangereuses en pleine chaussée
Il n’est pas étonnant d’assister aux manœuvres d’un conducteur de véhicule parfois imposant, sur une route à plusieurs bandes, au point de contraindre les autres automobilistes d’attendre en file qu’il daigne libérer le passage. Le sens de la priorité est inexistant, comme si on était dans la jungle.
la tenue de garages au milieu de la chaussée
L’autre scène la plus fréquente est la présence des véhicules en réparation sur la chaussée – souvent dans la bande extrême de gauche si pas entre deux bandes – sans qu’un service se charge de procéder, moyennant frais à charge du propriétaire de l’engin en défaillance, au dépannage rapide de celui-ci; afin de libérer la route.
C’est à peine croyable quand on sait que la probabilité d’un sinistre s’accroît avec la conjonction de plusieurs facteurs, tant pour ceux qui sont occupés, à un endroit inapproprié, de réparer le vehicule que pour les automobilistes susceptibles d’être pris par surprise par un obstacle à l’endroit inattendu et inhabituel, surtout sur une route peu ou pas éclairée.
Les véhicules dépourvus de phares, clignotants et rétroviseurs
Une autre curiosité est le nombre anormalement croissant de véhicules en circulation sans le moindre rétroviseur ni clignotant ou encore de feux de position. Ces cercueils ambulants sont bons pour la fourrière, sinon servir – le cas échéant – de pièces de musée chez les collectionneurs. Quand on connaît l’importance de tous ces dispositifs, on comprend mal la complaisance avec laquelle on laisse circuler les véhicules qui en sont dépourvus.
L’irrespect ou l’ignorance de chaque bande circulation.
Aussi étrange que cela puisse paraître est le fait que dans un pays où la circulation est à droite, la bande de dépassement – celle de gauche – est abusivement utilisée comme bande de circulation et inversement. Parfois, certains conducteurs roulent en chevauchement de deux bandes. Même les gros véhicules s’y cramponnent malgré leur allure sénatoriale et créent les bouchons.
L’utilisation des sauts de mouton par les véhicules à arrêts fréquents
Le plus embêtant est le nombre de véhicules assurant le transport en commun qui empruntent les sauts de mouton – en direction de l’aéroport de Ndjili – et leurs arrêts fréquents. Non seulement, ils entravent la fluidité de la circulation, mais ils exposent au danger les passagers qui venaient de descendre de ceux-ci à enjamber les barrières avant de traverser la chaussée à leurs risques et périls. Et pourtant, les sauts de mouton ont été érigés pour permettre aux automobilistes qui n’ont rien à faire dans les zones traversées de rouler sans s’arrêter. Là aussi, les véhicules en panne sont légion et les aux autres conducteurs naviguer entre les obstacles qui n’auraient pas dû s’y trouver.
Les passerelles « boycottées » par les piétons_
Enfin, le plus ahurissant, c’est le comportement des pietons qui, au lieu d’emprunter les passerelles prévues pour passer sans danger de l’autre côté du boulevard, ils préfèrent prendre le risque de se faufiler entre les véhicules en marche pour gagner l’autre bord. Tout ceci en présence des agents de l’ordre.
Loin de recenser exhaustivement l’ensemble de cas infractionnels, notre propos consiste à dire que l’ordre et la barbarie sont à limage des vases communicants. L’espace abandonné par la civilisation est rapidement récupéré par l’anarchie. Le pourrissement de la situation rend la solution encore plus difficile à trouver.
À force de minimiser l’impact d’une d’infraction, on rend celle-ci ordinaire et acceptable.
Par cet échantillon de cas répertoriés, il a été question de montrer que nous dansons, en ce qui concerne la circulation routière, au bord du volcan en passe d’anéantir notre code de la route. Et ce serait le sommet de l’incohérence démocratique et de l’injustice pour tous ceux qui croient aux vertus d’un Etat de droit.
Nous avons intérêt à declamer moins et d’agir plus, et cette fois en intégrant les normes communes.
Chronique de Jean K. Minga





















































