Sa nomination au sein du gouvernement Judith Suminua reflétait la volonté d’ouverture du Président de la République, Félix Tshisekedi, à l’ « opposition » politique, à l’issue de sa victoire électorale de décembre 2023.
Dès la publication de l’équipe gouvernementale dirigée pour la première fois par une femme, Judith Suminwa, il manquait le portefeuille de la Justice. Hasard ou signe prémonitoire d’un ciel nébuleux sur la tête de son futur animateur?
Peu importe la réponse à la question, rappelons que le nom de Constant Mutamba – fait rare pour être souligné – a été oublié sur l’ordonnance présidentielle rendant publique la nouvelle équipe gouvernementale. Et c’est dans un tweet de la porte-parole du chef de l’état, que ce nom, a été récupéré. Et pour la seconde fois, le nom du ministre d’État à la justice, Constant Mutamba a été encore oublié lors de la présentation de l’équipe gouvernementale à l’Assemblée nationale par la première ministre, avant d’être rappelé par le Président de l’Assemblée nationale.
Dès l’entrée en fonction, ce jeune ministre a su se distinguer par la communication de ses activités, notamment à travers les réseaux sociaux; une stratégie qui lui a valu rapidement plusieurs partisans et de la popularité. Matinal à son poste, l’homme se voulait parmi les ministres les « plus actifs du gouvernement ». Que des injonctions aux différents procureurs près les parquets de la République pour mettre en mouvement l’action publique contre tel ou tel autre responsable visé par la clameur publique ou cité dans un dossier. Cette stratégie semblait lui réussir au début, mais progressivement, certains salons politiques commençaient à sourciller, estimant que derrière cette tactique se dissimulait un certain « populisme politique ». À partir de ce moment, le plan Mutamba était en proie à des critiques croisées et tout a commencé à chambouler, siryout lorsqu’il s’est permis, par des insinuations peu appréciées par ses collègues, de défier la cheffe du gouvernement, notamment lors d’une activité officielle de sensibilisation des jeunes au patriotisme, organisée à Kinshasa, avec sa fameuse expression : « Nazo yoka solo ya détournement na salle » , entendez : « je sens l’odeur du détournement dans cette salle ». Une expression considérée comme de trop, lui a valu tout de suite la réaction farouche de la première ministre.
« Est-ce que vous êtes d’accord avec le ministre de la justice lorsqu’il affirme qu’il sent l’odeur de détournement parmi vous ici dans la salle », avait lancé la première ministre…
Outre cette incartade, on se souviendra également de son injonction à ouvrir des poursuites contre le procureur général de la République près la Cour de Cassation pour soupçon d’acquisition d’un immeuble de 900 mille euros à Bruxelles, en Belgique vers fin 2024.
Contre toute attente, le chasseur est devenu à son tour la proie. Constant Mutamba est désormais dans le collimateur de la justice pour des faits de « détournement » de 19 millions sur les 39 prévus pour la réalisation d’un projet de construction d’une maison carcérale R+2 à Kisangani, chef-lieu de la province de Tshopo, dans le nord-est de la République démocratique du Congo.
« La DGSMP ne lui a accordé que l’autorisation spéciale de recourir à la procédure de gré à gré avec la société au coût de 39.877.067 US dollars.
Et attendant que le ministre précité transmette le projet du contrat pour analyse, appréciation de la régularité et éventuellement donation.
Il apparaît clairement que sans l’avis de non objection de la DGCMP ni l’approbation de la première ministre que le prénommé Constant Mutamba Tungunga a procédé au paiement de la somme de 19.900.000 dollars américains à la société Zion Construction SARL en violation de la réglementation en vigueur », selon le réquisitoire du procureur général près la Cour de Cassation, lu mercredi à la plénière de l’Assemblée nationale.
« Par ailleurs, il sied de préciser que l’argent versé aux comptes de cette société provenait du paiement par l’Ouganda de sa condamnation en faveur de la République Démocratique du Congo, suivant l’arrêt sous rôle général n°116 rendu par la Cour internationale de justice le 9 février 2022 et qui était destiné à l’arrêt de la société Zion Construction SRL à l’indemnisation des victimes de la guerre à Kisangani ayant opposé les troupes ougandaises à celles rwandaises », a précisé le PG.
« Il y a lieu de noter également que la société Zion Construction SRL n’a été enregistrée au guichet unique de création d’entreprise que le 29 mars 2024 sous le numéro KNG/ RCSM / 24-B-01-254 avec un capital social de 5 000 dollars américains.
Cette société n’a ni personnel administratif ni personnel qualifié et n’a qu’un seul associé actif déclaré à la Direction générale des impôts », a précisé le document.
En attendant la procédure parlementaire en vue de l’autorisation ou non de son instruction par le parquet près la Cour de Cassation, le ministre d’État Mutamba sejourne actuellement dans la province du Tanganyika où il devrait inaugurer le nouveau bâtiment du palais de justice de cette province, à Kalemi.
Visiblement accablé par l’argumentaire du réquisitoire et la procédure judiciaire, Constant Mutamba risque de bousiller toute l’image qu’il s’est forgée durant les quelques mois passés au sein du gouvernement.
En attendant l’issue de la procédure parlementaire et judiciaire, le ministre Mutamba aura néanmoins gaspillé toute sa crédibilité dans l’opinion, même si ses partisans parlent déjà d’un coup politique.
Mais comment s’est-il ainsi facilement laissé avoir ? Comment pouvait-il aussi facilement décider de « détourner » des fonds destinés à l’indemnisation des victimes de la guerre de 6 jours à Kisangani pour un autre projet ?
Avait-il reçu l’autorisation du gouvernement ?
Serait-il envoûté ?
Autant de questions qui traversent la tête et dont les réponses sont plus que attendues par l’opinion publique.
Dossier à suivre !
Rédaction






















































