L’annonce faite par le cardinal Fridolin Ambongo, à l’issue de son échange, vendredi, avec le Président de la République à la Cité de l’Union africaine, à Kinshasa, marque un tournant important dans la gestion politique de la crise que traverse la République démocratique du Congo.
En levant l’option d’un « dialogue inclusif » entre les fils et les filles du Congo, Félix Tshisekedi semble privilégier la recherche d’un consensus national au moment où le pays fait face simultanément à une agression extérieure et à des tensions politiques internes.
« À l’issue de nos échanges et face aux enjeux, le Chef de l’État, conformément à l’initiative qu’il avait déjà prise en allant trouver ses collègues chefs d’État des pays voisins, a levé l’option – et j’ai l’honneur de vous l’annoncer – d’engager notre pays dans un dialogue entre fils et filles du Congo, un dialogue inclusif. Naturellement, aux conditions qui se préciseront chemin faisant », a déclaré le cardinal Fridolin Ambongo, entouré de ses pairs représentant les Églises du Christ au Congo, les Églises de réveil, la communauté islamique, ainsi que du ministre de la Communication et Médias, porte-parole du Gouvernement, Patrick Muyaya.
Au-delà de l’annonce, cette orientation apparaît comme un choix stratégique susceptible de désamorcer les clivages politiques qui se sont accentués ces derniers temps.
Dans un contexte où la guerre dans l’Est impose une cohésion nationale renforcée, l’ouverture d’un cadre de dialogue offre la possibilité de déplacer les confrontations du terrain de la rue vers celui des institutions et de la concertation.


Politiquerdc.net avait, dans une analyse publiée bien avant cette évolution, plaidé pour une telle démarche. Le média estimait que les grands débats qui divisent la classe politique congolaise ne pouvaient durablement être tranchés par des rapports de force, mais nécessitaient un espace de discussion permettant à toutes les sensibilités politiques et sociales de s’exprimer et de rechercher un compromis dans l’intérêt supérieur de la Nation.
Cette nouvelle dynamique pourrait notamment offrir aux Congolais l’occasion de débattre sereinement de plusieurs questions institutionnelles majeures, parmi lesquelles figure celle des réformes constitutionnelles.
Le débat sur une éventuelle révision ou un changement de la Constitution avait progressivement cristallisé les tensions entre la majorité présidentielle et l’opposition, au point de faire craindre l’installation d’un nouveau cycle de contestations, de manifestations et de violences politiques.
Un dialogue inclusif constituerait dès lors un cadre légitime permettant de déterminer, par un processus consensuel, s’il existe ou non une nécessité de procéder à certaines réformes de la Constitution.
Une telle approche présenterait l’avantage de substituer la recherche du consensus à la logique de confrontation qui semblait s’installer autour de cette question sensible.
Le cardinal Fridolin Ambongo a d’ailleurs appelé l’ensemble des acteurs politiques à accompagner cette initiative.
« Nous pensons qu’après que le Président a levé cette option, dès lors que cette option est levée d’aller vers un dialogue inclusif entre les fils et les filles du Congo, c’est à nous tous, ceux qui sont au pouvoir tout comme ceux qui sont dans l’opposition, de nous inscrire dans cette dynamique pour que cette initiative puisse aller de l’avant et porter des fruits, afin que tous les fils et filles du Congo puissent enfin vivre en paix, dès lors que les motifs d’agression contre notre pays seront également levés », a-t-il déclaré, dans la même vidéo largement diffusée sur les réseaux sociaux.
Un autre élément mérite d’être relevé. Dans cette intervention, le cardinal Ambongo établit explicitement un lien entre la recherche de la paix intérieure et la levée des causes de l’agression contre la RDC, désignant ainsi, de manière inédite dans une communication de cette nature, le Rwanda comme pays agresseur.
Cette prise de position rapproche davantage le discours des confessions religieuses de celui des autorités congolaises sur la question sécuritaire, tout en rappelant que l’unité nationale demeure un préalable essentiel pour faire face aux défis extérieurs.
Si les modalités du dialogue restent encore à définir, l’option politique annoncée ouvre désormais une séquence qui pourrait permettre à la RDC de sortir des logiques d’affrontement ayant trop souvent rythmé son histoire politique.
Sa réussite dépendra toutefois de la capacité des différentes forces politiques, de la société civile et des institutions à privilégier l’intérêt national sur les calculs partisans, afin de transformer cette ouverture en un véritable pacte de stabilité et de réconciliation.
JML






















































