L’équation posée par l’usage de la machine à voter au processus électoral paraît sinon insoluble du moins difficile à résoudre d’autant plus que les acteurs politiques sont en désaccord sur les inconnus en présence.
En effet, créée pour appuyer la démocratie congolaise naissante, la CENI est souvent perçue, depuis le scrutin de 2006, comme une appendice de la majorité au pouvoir et rien n’est fait jusqu’à ce jour, malgré le changement à sa tête des animateurs, pour arrêter cette perte d’indépendance.
L’usage de la machine à voter nullement prévue par la loi électorale et le calendrier publié par le président de la Centrale électorale, sans oublier un fichier électoral plein d’électeurs sans empreintes digitales sont autant de questions qui fâchent !
Nombre des candidats au fauteuil présidentiel rejettent ces ingrédients, mais le président de la CENI ne veut rien savoir ni entendre.
En témoigne, son obstination à maintenir coûte que coûte cette machine alors que les candidats sont dans une autre logique, celle de l’évaluation de sa légalité, au-delà de sa pertinence.
Pour mettre les candidats devant un fait accompli, en dépit du tollé général, le président de la la CENI a déjà réceptionné une cargaison composée d’au moins vingt mille machines depuis la semaine dernière, au port de Matadi dans la province du Kongo central. Et un autre convoi est en voie de chargement dans les navires à destination de la RDC.
Lors de la séance du travail de ce mercredi 10 octobre 2018 avec le bureau de l’administration électorale – la deuxième du genre – les candidats à la prochaine présidentielle ont exprimé leur indignation à l’endroit de la CENI, au siège même de l’institution.
Il était question, lors de ce deuxième rendez-vous, de mettre sur pied une commission technique, composée des experts techniques des aspirants au siège présidentiel et de ceux de la CENI, en vue d’examiner la fiabilité des machines contestées et de rapprocher les vues sur d’autres questions épineuses, notamment la nécessité d’extirper les dix millions d’électeurs fictifs du fichier électoral.
Considérant que la question du maintien de la machine était réglée, le bureau de la CENI, s’attendait à recevoir de ses interlocuteurs la liste de leurs experts, alors que ces derniers – du moins la majorité d’entre eux – estimaient que la question était pendante. Une tendance majoritaire des candidats est d’avis qu’il convient de soumettre l’usage de la machine à voter – en tant que mode de vote – au prescrit de la loi électorale avant d’envisager la mise en place de la commission technique (…).
La CENI n’ayant pas accédé à leur demande, 19 des 21 candidats ont quitté la salle. Les propos de Corneille Naanga ont été qualifiés « d’arrogants ». Même Ramazani Shadari, le candidat du FCC, était curieusement parti, sans dire un mot à la presse, alors que l’on pouvait observer l’expression d’une colère contenue dans le visage de chacun. Corneille Naanga aurait déclaré : « si vous ne voulez pas de la machine à voter, alors quittez la salle (…) »
Pour Jean K. Minga, juriste et consultant de politiquerdc.net, la CENI est tombée dans son propre piège, voilà qui témoigne cette réaction des candidats président de la République.
Dans son calendrier, la CENI prévoyait aux points 38, 39 et 40, la commande, l’impression et le déploiement des bulletins de vote ainsi que des procès verbaux des élections. Et, sans que l’on comprenne les raisons, la même CENI s’est éloignée de cet acquis, pour imposer de manière inattendue la machine à voter. Et c’est là le nœud de toute la controverse !
Va-t-elle persister dans cette voie et franchir le cap du 23 décembre 2018 avec cet outil électronique ?
La question vaut son pesant d’or!
Il reste qu’au regard des ingrédients qui se mettent en place, deux scénarios sont possibles: soit un report des élections sinon une parodie électorale, avec son lot de contestations et répression, de heurts et malheurs !
Dans l’un comme dans l’autre cas, la RDC est loin de sortir de l’enlisement et le rôle de la CENI devient questionnable en tant structure d’appui à la démocratie!
Lors de leur dernier séjour à Kinshasa , les membres du conseil de sécurité des Nations – Unies avaient appelé les parties prenantes au processus électoral à dialoguer pour dégager un consensus sur l’utilisation de la machine à voter.
Jean Médard LIWOSO
























































