Bientôt la République Démocratique du Congo sera dotée de sa loi de finances pour l’exercice 2018. Le projet y afférant est actuellement en plein examen au sein de la commission économico-financiere de la chambre basse du parlement.
Dans une interview accordée ce mercredi 29 novembre 2017 à politiquerdc.net, monsieur AL Kitenge, analyste économique et stratégiste congolais souligne que la problématique de modicité des budgets Rd congolais découle notamment de l’absence d’un « plan stratégique de développement » à même de canaliser les ressources à la hauteur des ambitions du pays.
Ci -dessous l’intégralité de l’interview, une exclusivité de votre média en ligne.
politiquerdc.net : Bonjour monsieur AL Kitenge !
AL.Ktienne : Bonjour madame!
politiquerdc.net : Le projet de loi de finances, exercice 2018 a été déclaré recevable le lundi 27 novembre à l’assemblée nationale et est présentement en examen au niveau de la commission Ecofin pour un toilettage.
Quelle analyse faites-vous de ces prévisions budgétaires estimées à plus de 5 milliards de dollars, soit une diminution par rapport au budget précédent ?
AL.Kitenge :Merci beaucoup pour votre question.
D’abord, lorsque vous vous rendez compte que nous sommes dans une évolution plane, ça veut dire qu’en fait, on a pas beaucoup évolué en terme de volume budgétaire, et que nous avons une contrainte spéciale l’année prochaine qui est une contrainte électorale, on doit tenir compte du simple fait qu’l n’y a pas assez d’argent pour les investissements dans le pays.Et donc , nous allons nous retrouver dans la même situation qu’avant, c’est- à- dire en train d’être là pour expédier les affaires courantes. Ça veut dire payer les salaires des fonctionnaires et des institutions de l’état et ce serait tout.
Alors qu-est ce qui peut justifier cette modicité des prévisions budgétaires et à votre avis, que faire pour arriver un jour à disposer d’un budget à la hauteur des ambitions de la Rdc ?
Votre question est pertinente; Et je voudrais vous dire qu’en fait, nous sommes là dans la tradition de la paresse. Pour vous donner un indicateur, nous avons un budget inférieur à celui du Congo Brazzaville qui a simplement 4millions de personnes, lorsque vous regardez par rapport à l’Angola qui a 20millions de personnes, le niveau du budget est grand aux enletours de 70 milliards. Vous comprendrez qu’Il y a un véritable problème de compétitivité. Maintenant, la question que vous posez est très simple : comment fait-on pour avoir un budget à la hauteur des ambitions de la république ? Au jour d’aujourd’hui, la république n’a jamais déterminé ses ambitions. Ses ambitions auraient pu être déterminées dans ce que l’on appelle » plan stratégique de développement » que nous n’avons pas. Alors, mon point de vue est très simple. On a deux politiques dans là vie . Soit on fait la politique de ses moyens et c’est le cas du Congo que je trouve ça politiquement un peu paresseux ou alors on cherche les moyens de sa politique.
Mais alors, il faut définir sa politique. Ce qui manque au Congo , c’est de n’avoir pas défini sa politique . Mais il y a quand même une faute grave qui procède de la raison pour laquelle notre budget reste si modique. Ce que 80% de notre population vivant en milieu rural est isolée comme si c’est des gens qui n’existent pas, comme si c’est des gens qui n’appartiennent pas au pays et du coup, le peu d’argent que nous avons est dépensé en réalité sur 20%de la population et on a l’impression que ça va.
Quelles sont les conséquences ou incidences sur le plan politique, économique et social, notamment en ce qui concerne l’organisation des élections ?
D’abord, les premières incidences sont d’ordre politique. Un pays dont les dirigeants n’ont pas les moyens de leur politique parce qu’ils n’ont pas déterminé leur politique, se retrouvent front à front avec la population dont ils ne sont pas capables d’assurer de services publics. Ils se retrouvent également à la fin avec des situations de non occupation de terrain,territoire et on se retrouve dans le cas du pays avec autant de groupes armés, nous avons une centaine aujourd’hui… Ça procède justement de la modicité du budget parce que nous n’avons pas la capacité de déployer la police et l’armée et nous n’avons pas d’offres à donner aux gens. Du coup, ils se retrouvent abandonnés. Mais, du point de vue des élections, on a deux choix. Plus on en dépensera dans les élections, moins il en aura pour la santé, l’éducation et les services sociaux. C’est la réalité… Mais autre chose, ce que un pays, lorsqu’il investi plus, il génère des recettes. Si nous n’investissons, ni dans les infrastructures, ni dans les mécanismes de production, il sera très difficile pour nous d’envisager, et aujourd’hui, et à court , et à moyen terme de pouvoir sortir du cercle vicieux de la pauvreté vers un cercle vertueux de l’enrichissement.
Ce budget intervient au moment où celui de 2017 souffre d’exécution. Quelle analyse faire d’une telle situation ?
A mon avis, le pouvoir financier en Rdc commande le pouvoir politique. La raison pour laquelle on a pas décentralisé parce que, on désire garder le contrôle au niveau central. C’est exactement la question qui va arriver avec le budget 2017,
vous allez vous rendre compte qu’il y a des ministères dans lesquels les budgets n’ont pas été dépensés , mais il y a d’autres qui ont dépensé le double ou le triple de leurs allocations.
Le fait de n’avoir pas la discipline d’exécution du budget est une faiblesse notoire qui permet justement qu’on aille pas à la direction qu’on en a choisie. « Le malheur chez nous ce qu’on fait de redditions de comptes, on en tire pas de conséquences ».
Monsieur AL KITENGE, merci !
Merci à vous madame.
Propos recceuillis par Judith Inanga.





















































