Depuis le début de la semaine, la partie orientale de la République Démocratique du Congo est en ébullition. Pour cause, de nombreux congolais sont descendus dans les rues de certaines villes de la province du Nord-Kivu (Goma, Butembo) et même du Sud-Kivu (Uvira) pour exiger le départ sans condition des casques bleus de la Monusco, accusés, à tort ou à raison, de n’être pas capables de remplir leur mission de sécuriser la population civile et d’éradiquer les groupes armés qui sèment mort et désolation à l’Est du pays.
Pour exprimer leur rejet total de la mission onusienne, les manifestants ont saccagé et pillé les installations de la Monusco. Plusieurs morts, des blessés et d’importants dégâts matériels ont été enregistrés durant ces trois jours des manifestations violentes, selon des sources officielles.
Pour certains analystes, ces dernières manifestations populaires contre la Monusco font suite notamment aux mots d’ordre lancés par certains leaders d’opinion et des responsables des institutions publiques, qui ont mené une campagne de diabolisation contre les casques bleus de l’ONU.
Comment peut-on alors expliquer cette grande défiance vis-à-vis de la Monusco, particulièrement à l’Est de la RDC ? Est-ce que la mission onusienne peut-elle être tenue responsable de l’insécurité grandissante qui sévit notamment dans les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri, qui sont devenues les ventres mous de la RDC ?
Il faut reconnaître que la goutte d’eau qui a fait déborder le vase, c’est notamment les derniers propos du porte-parole de la Monusco, qui avait déclaré, au cours d’un point de presse, que la force onusienne n’a pas les moyens de faire face au M-23, doté d’armes et équipements militaires sophistiqués comparables à ceux d’une armée conventionnelle. Une déclaration qui a été perçue par la population de l’Est de la RDC comme un aveu d’échec et d’impuissance. D’où cette révolte populaire contre la mission onusienne, qui est déployée en RDC depuis plus de vingt ans, sans que sa mission ne soit accomplie.
Tout en reconnaissant une certaine responsabilité de la Monusco dans la persistance de l’insécurité dans la partie orientale de la RDC, des analystes impartiaux et même certains congolais rationnels estiment que la première responsabilité de la sécurisation du pays et de la restauration de la paix incombe au Gouvernement congolais, qui ne remplit pas comme il se doit sa mission régalienne de la défense du territoire national.
Pour ces analystes, la Monusco n’est donc qu’un bouc-émissaire, dans la mesure où elle est une simple force d’appui et d’accompagnement des FARDC à qui incombe la mission de défendre le pays.
Quid du retrait de la MONUSCO
Les responsables des Nations Unies ne cessent de déclarer que la MONUSCO n’a pas vocation à rester éternellement en République Démocratique du Congo. Elle est venue sur invitation du Gouvernement congolais et ne peut partir que lorsque le gouvernement congolais le demandera au Conseil de sécurité de l’ONU. Cela en enclenchant la procédure y afférente.
La balle se trouve donc dans le camp de l’Exécutif national congolais qui peut donc, selon les experts, profiter de ce climat de défiance contre la MONUSCO pour transmettre ses exigences aux instances des Nations Unies. D’autant plus qu’on ne voit pas comment les casques bleus peuvent continuer à opérer sur un terrain qui leur est désormais hostile, avec une population qui ne jure que par leur départ.
A ce sujet, la question qui se pose est de savoir s’il est opportun pour le gouvernement congolais d’exiger le départ de la mission onusienne, tout simplement parce la population locale l’exige ? Pour certains analystes, il serait contre-productif que la RDC se débarrasse dans le contexte actuel de « la béquille Monusco » qui appuie ses forces armées sur les plans des renseignements et de la logistique. D’autant plus que le départ précipité de la force onusienne risque de déséquilibrer l’armée et renforcer le vide sécuritaire qui pourrait malheureusement être comblé par des groupes armés et autres forces négatives.
En conclusion, il faut dire que la RDC se trouve actuellement dans un tournant décisif de son histoire. La planche de salut pour le gouvernement congolais reste le renforcement de ses propres forces armées, car les troupes étrangères n’ont pas vocation de remplacer les FARDC et les soldats étrangers ne peuvent pas défendre le territoire congolais et assurer la sécurité des congolais mieux que les Congolais eux-mêmes. Il en est de même des troupes des pays de l’Afrique de l’Est qui s’apprêtent à se déployer à l’Est du pays, qui ne peuvent pas non plus être considérées comme des libérateurs des populations de l’Est des griffes des forces négatives qui tuent et égorgent au quotidien des paisibles citoyens.
JR MOKOLO






















































