En marge de la cérémonie d’ouverture de la session ordinaire de l’Assemblée nationale le 15 septembre 2022, le Député national, élu du territoire de Dungu, dans la province du Haut-Uele , Xavier Bonane Ya Nganzi, s’est confié au Reporter de Politiquerdc.net.
Cet éminent parlementaire , sociétaire du Parti du Peuple pour la Démocratie et le Développement (PPRD) a notamment fait le point sur son dernier séjour dans son fief électoral, dans le cadre de ses vacances parlementaires. Bonane Ya Nganzi est particulièrement revenu sur les problèmes sécuritaires et ceux liés au délabrement des infrastructures routières dans le territoire de Dungu dont la population est totalement abandonnée à son triste sort non seulement par le par le Gouvernement central mais également par l’Exécutif provincial du Haut-Uele.
Journaliste de formation et ancien Secrétaire Général du Gouvernement, Xavier Bonane Ya Nganzi n’a pas manqué de se féliciter de la santé de fer du PPRD, parti cher à Joseph Kabila Kabange, dans le territoire de Dungu.
Politique RDC :
Honorable Bonane Ya Nganzi, vous revenez fraîchement de Dungu, votre fief électoral, dans la province du Haut-Uele. Pouvez-vous nous parler un peu de vos vacances parlementaires ?
Xavier Bonane :
Les vacances parlementaires sont une obligation constitutionnelle et qui sont également prévues dans le règlement intérieur de l’Assemblée Nationale.
A des périodes précises, chaque député national a l’obligation de retourner pendant un temps dans sa circonscription électorale, d’abord pour rendre compte. Par devoir de redevabilité, il doit donc informer ses électeurs du déroulement des travaux à l’Assemblée nationale, pendant la session.
Et le travail d’un député se résume dans ces trois verbes, à savoir : légiférer, contrôler et représenter.
En effet, le député a d’abord le devoir d’informer ses électeurs du déroulement des travaux parlementaires.
Il a également l’obligation d’aller en observation, à l’écoute, d’aller en contact humain, matériel et physique avec ses électeurs.
Il a aussi l’obligation de les écouter pour savoir comment vit la population, quels sont ses problèmes, ses joies, ses soucis.
C’est ce qui constitue les vacances parlementaires.
Politique RDC :
Quel état des lieux faites-vous au terme de vos vacances parlementaires dans votre fief électoral de Dungu ?
Xavier Bonane :
Situé dans la province de Haut-Uélé, le territoire de Dungu fait face à des multiples problèmes:
Nous avons d’abord un problème d’infrastructures routières (routes et ponts) qui sont totalement délabrées. C’est le cas par exemple de la route appelée « Royale », qui relie la ville d’Isiro à Watsa , en passant par les territoires de Rungu, de Niangara, de Dungu, de Faradje.

Et son tronçon compris entre Dungu et Faradje est totalement délabré et difficilement praticable, parce que je l’ai moi-même pratiqué, en allant jusqu’à Gangala Na Bodio et à Sambia (situé à l’intérieur du parc national de Garamba).
Donc, Dungu est un territoire plus ou moins enclavé du fait de l’état de délabrement très avancé de toutes les infrastructures routières. Et c’est ça le plus grand problème.
Le deuxième problème est celui relatif à la sécurité. Depuis 2008, nous faisons face à la guerre, avec la LRA, puis le Seleka et maintenant l’invasion des Mbororo, etc… Mais depuis un certain temps, il y avait comme une espèce d’accalmie et que les populations qui avaient migrés, du Nord vers le Sud, a6 cause des atrocités, sont maintenant rentrés dans leurs villages respectifs. Mais actuellement, nous subissons les effets dévastateurs de la crise sécuritaire qui sévit dans les provinces de l’Ituri et du Nord-Kivu, de telle sorte qu’il y a maintenant des bandits et des groupes armés qui commencent à s’infiltrer de l’Ituri ou du Nord-Kivu vers le Haut-Uélé, essentiellement du côté de Ndanda, de Lingbombi, Longno, en allant vers Tora.
Et ces infiltrés mènent ent essentiellement des attaques dans les carrières d’or, pour piller l’or et des matériels et tendent des embuscades, si bien qu’ils ont même tué dernièrement des militaires FARDC, nos militaires, et kidnappé certaines personnes. Heureusement que les forces de l’ordre et de sécurité sont en train de faire des efforts pour les mettre hors d’état de nuire. On a même arrêté 14 assaillants qui sont tous curieusement originaires du Nord-Kivu et non des populations du Haut-Uélé.
Néanmoins, nous avons peur que ce qui se passe en Ituri (avec le CODECO) ou au Nord-Kivu (avec les ADF) ne soit exporté chez nous ici. Et que si jamais ces assaillants faisaient la jonction avec ceux qui sont ici (les Mbororo, les Seleka), nous craignons beaucoup que le problème de sécurité s’aggrave dans notre province de Haut-Uélé et se détériore dans les territoires de Dungu et de Watsa.

Ce sont-là les problèmes qu’on peut considérer comme majeurs. Mais il y a d’autres problèmes comme le problème des fonctionnaires de l’État dont la plupart sont peut-être mécanisés mais non payés.
Politique RDC :
En tant que Représentant de la population de Dungu, que comptez-vous faire pour résoudre tous ces problèmes dont fait face particulièrement le territoire de Dungu ?
Xavier Bonane:
Sur base de l’état des lieux fait sur terrain, j’ai eu un entretien avec le Gouverneur de province pour faire un tour de la situation, parce qu’il y a des problèmes qui sont solvables au niveau de la province, d’autres au niveau national. Mais il faut noter malheureusement que le territoire de Dungu est abandonné par les Gouvernements national et provincial.
Mais malgré toutes ces difficultés-là, je n’ai pas rencontré une population défaitiste. J’ai par contre rencontré une population qui se prend en charge et qui sait qui fait sienne l’adage suivant : » aide-toi, le ciel t’aidera ».
C’est ainsi que les habitants de Dungu travaillent énormément. J’ai vu par exemple beaucoup de gens dans les champs se trouvant le long de la route de la cité minière de Sambia, où sur plus de 30 kilomètres, vous verrez des champs de riz où une personne fait 2 ou 3 hectares.
Et comme c’est la saison culturelle maintenant, bientôt il y aura une grande production alimentaire, qui fera que Dungu va, comme d’habitude, ravitailler la province de Haut-Uélé.
C’est donc une population travailleuse qui ne demande qu’à être encadrée et surtout que les grands travaux comme ceux de la réhabilitation des infrastructures routières soient entrepris par les pouvoirs publics, et elle (la population), va faire le reste.
Politique RDC :
Lors de la restitution à la population de vos activités parlementaires, quel message avez-vous délivré à vos électeurs en marge de vos vacances parlementaires dans le territoire de Dungu ?
Xavier Bonane:
Lors de ma rencontre avec la population, j’ai délivré trois messages :
Le premier message est lié au processus électoral où nous sommes maintenant à l’étape de la consolidation de la cartographie électorale. Nous remarqué comme une volonté de minorer les centres d’inscription dans le territoire de Dungu. Nous avons fait le tour de la situation au sujet des démarches que nous avons menées ici à Kinshasa pour que nous rentrions dans nos droits. D’autant plus que, aujourd’hui, la population de Dungu est estimée à plus ou moins 500.000 habitants, répartie plus ou moins équitablement sur ses trois collectivités, à savoir : Wando, Malingindo et Ndologa.
Donc, notre objectif, c’est de mobiliser la population afin d’atteindre au moins 350.000 électeurs enrôlés pour le territoire de Dungu.
Et cela va nous permettre d’améliorer notre représentativité. Au lieu que je sois le seul député national de Dungu, on va avoir deux ou trois députés nationaux et trois, quatre ou cinq députés provinciaux.
Mon deuxième message à la population a porté sur le programme de développement local des 145 territoires, un projet du Gouvernement central qui ne figure pas dans le budget de l’État exercice 2022. Et cela constitue une première entorse. Mais globalement, je dirais que c’est une bonne idée qui souffre, néanmoins d’un déficit de management de la part du gouvernement central.
Et selon nos informations, pour exécuter ce programme, on a divisé le territoire national en parties (zones). Et le gouvernement, n’ayant pas les moyens de financer lui-même son propre projet, il recourt maintenant aux partenaires internationaux, à savoir : le programme des Nations unies pour le Développement (PNUD), ainsi que la Coopération française. Ces deux partenaires vont se déployer sur 17 provinces sur les 26 que compte la RDC.
Et le Haut-Uélé se trouve parmi les 9 provinces non sélectionnées par ces deux partenaires et c’est l’État congolais qui doit financer la mise en œuvre du PDL dans lesdites provinces, sous le management du BCCO, qui a déjà désigné, par appel d’offre, le chef d’agence dans chacune de ces 9 provinces.
Ici, dans notre province, nous avons la chance d’avoir un enfant du Haut-Uéle, notre frère Lazare Dakahudyno, comme chef d’agence BCCO, chargé de l’encadrement du projet de développement de 145 territoires.
Mais nous avons été surpris désagreablement de constater que sur les 70 de sociétés attributaires recrutées par le BCCO pour l’exécution sur terrain de ce projet, seulement six(6) entreprises sont de la province de Haut-Uélé. Toutes les 64 autres viennent des autres coins de la République. Et que les 6 territoires du Haut-Uélé sont essentiellement attribuées aux structures religieuses. Ainsi par exemple, pour le territoire de Dungu, c’est la Congrégation « Les Religieux de Saint-Vincent de Paul (RSV) », pour le territoire de Faradje, ce sont les religieuses de sœurs de Sainte Famille de Bordeaux (basées à Kikwit, province de Kwilu). Donc, elles vont venir de Kikwit pour exécuter des travaux à Faradje.
Et il y a des territoires comme Wamba ou Niangara qui sont en cours de recrutement des entreprises qui vont faire le travail.
Ainsi par exemple, chez nous à Dungu, les travaux qu’ils ont retenu, c’est la construction ou la réhabilitation de 10 écoles et de 5 centres de santé. Or, j’ai indiqué plus haut qu’à Dungu, le problème majeur, ce sont les routes mais eux ils ont préféré commencer par autre chose.

Politique RDC
Il appartient donc à vous, le représentant du peuple, de mener un plaidoyer pour que le problème des infrastructures routières soit également pris en compte ?
Xavier Bonane:
Ça fait plus d’un an qu’on parle du Programme de Développement Local des 145 territoires. Nous avons mobilisé la population pour qu’elle se prenne en charge, afin de s’assurer que, lors de l’exécution des travaux, les ingénieurs de RSV achètent des briques, du sable, bref les matériaux de construction localement à Dungu, parce que cela peut avoir des effets induits dans l’économie locale.
Nous devons surveiller et suivre l’exécution de ce projet parce que c’est l’argent du trésor congolais. Pour une fois qu’on prend une bonne décision de faire quelque chose en faveur de la population, il faut que la population en bénéficie.
Politique RDC:
Honorable, vous êtes le Député du PPRD, pouvez-vous nous dire comment se porte le parti cher à Joseph Kabila Kabange dans le territoire de Dungu ?
Xavier Bonane :
J’ai également profité de mes vacances parlementaires à Dungu pour réarmer mon parti politique, le PPRD. Je dois vous dire que, jusqu’à aujourd’hui, le parti-phase du territoire de Dungu, c’est le PPRD. Qu’on le veille ou pas, nous sommes, plus que jamais, déterminés à reconquérir le pouvoir que nous avons perdu par notre propre faute. Ainsi, j’ai réarmé tous les camarades militantes et militants du PPRD.
J’ai eu également à faire certaines interventions à caractère social, comme par exemple l’obtention de licences pour les équipes de football de Dungu afin qu’elles soient en règle pour participer au championnat local.
Mais chez, nous, les Azande, nous disons toujours que : « Quand tu donnes de la main droite, il ne faut pas que ta main gauche le sache ». Ne compter donc pas sur moi pour dire que « Voilà j’ai payé le minerval pour telle personne, je fais ceci ».
Politique RDC:
De tout ce que vous venez de dire, que pouvez-vous dire en guise de conclusion ?
Xavier Bonane :
A mon arrivée à Isiro, capitale de la province du Haut-Uele, tout comme à mon retour de ma descente sur terrain, j’ai eu l’opportunité d’échanger avec le Gouverneur de province sur la situation de notre territoire ainsi que de toute la province du Haut-Uele.
Le message que j’ai lancé au gouverneur, ce que nous pouvons avoir des paroisses politiques différentes mais nous devons être capables, en tant que fils et filles de Haut-Uélé, de nous mettre d’accord sur l’essentiel. C’est-à-dire la sécurité du Haut-Uélé, qui est menacée notamment dans sa frontière avec la République Centrafricaine et le Sud-Soudan. Et il y a des troupes étrangères qui circulent dans la région. Nous pouvons être surpris demain si nous sommes pas tous solidairement mis dernière cette lutte-là pour notre sécurité, pour le développement (les infrastructures), surtout au sujet du positionnement national du Haut-Uélé. Nous pesons quoi, en tant que Haut-Uélé sur l’échiquier national?
On vient de procéder à la mise en place dans les entreprises publiques, est-ce le Haut-Uele est pris en compte lorsque les grandes décisions se prennent, là où ce genre de mises en place se traitent ? Est-ce que nous, le Haut-Uélé, sommes-nous présents ?
Bien sûr que nous devons dire plus jamais ça ! mais pour que nous puissions être une force et appelés sur la table des décideurs, nous devons représenter une force. Nous pouvons avoir nos petites différences. Cela existe entre humains. Nous ne sommes pas obligés de nous mettre d’accord sur tout mais nous devons être d’accord sur l’essentiel. Et l’essentiel, c’est la sauvegarde de l’unité, de l’intégrité. Parce que la balkanisation du pays peut venir du Haut-Uélé, contrairement à ce qu’on croit que ce sera toujours le Nord-Kivu. Et vous avez ici les Mbororo qui occupent déjà une bonne partie du Haut-Uélé. Vous avez les Seleka, avec Ali Darassa, qui circulent maintenant. Qui viennent partout à Niangara ou à Dungu, etc.
Nous avons une frontière poreuse. Les forces qui viennent du Sud-Soudan, et qui débordent au Congo, trouvent dans notre frontière un seul militaire congolais qu’ils mollestent avant de poursuivre leur « promenade de santé » en RDC, comme dans un territoire conquis.
Mais ça c’est extrêmement grave pour notre souveraineté.
Les choses horribles risquent de se passer dans le Haut-Uele si nous ne faisons pas attention et si nous ne nous mettons pas au travail, tout de suite.
In fine, il faut que les gens travaillent :
» Nous ne pouvons pas nous laisser mourir parce que nous sommes abandonnés par le Gouvernement central. Nous devons démontrer que nous sommes capables, en tant que peuple du Haut-Uélé, de nous prendre en charge et de résoudre nos problèmes et de convaincre les décideurs nationaux de s’inscrire dans notre schéma.
Propos recueillis par JR MOKOLO





















































