Malgré les protestations légitimes du Président de la République démocratique émocratique du Congo (RDC) et les interventions de plusieurs parlementaires européens, à l’instar de Thierry Mariani, l’Union européenne semble déterminée à aller de l’avant avec son partenariat stratégique sur les minerais dits « critiques » avec le Rwanda.
Ce partenariat s’inscrit dans le cadre de l’initiative « Global Gateway », présentée comme l’alternative européenne aux « Nouvelles Routes de la Soie » de la Chine. Mais au-delà des slogans de développement durable, cet accord soulève des questions éthiques, en particulier sur l’implication du Rwanda dans la déstabilisation de la région à travers le soutien au groupe rebelle M23, un acteur clé du conflit à l’est de la RDC et sous le coup de multiples sanctions internationales.
Une relance en catimini et un timing douteux
En février dernier, suite aux objections fermes de la RDC, le mémorandum d’entente semblait avoir été mis au frigo, suspendu en attendant la résolution de la crise sécuritaire dans l’est du Congo. Mais début septembre, l’UE surprend tout le monde en annonçant discrètement les premiers appels à projets dans le cadre du « Global Gateway ». Et là, les observateurs avisés tombent des nues : la priorité pour le Rwanda est bien le « renforcement des chaînes de valeur des matières premières critiques ». Une décision prise dans le dos de Kinshasa donc, alors même que les partenaires de la RDC poussaient à fond pour l’aboutissement du processus de Luanda.

Le timing de cette relance est également assez suspect, coïncidant avec la pression exercée sur la RDC pour approuver un plan de paix bâclé à Luanda. Il est malgré tout surprenant que Bruxelles, malgré les mises en garde répétées, continue de promouvoir un partenariat avec un pays qui soutient activement un groupe armé sous sanctions américaines, européennes et onusiennes pour ses exactions sanglantes en RDC.
Un partenariat qui encourage le pillage des ressources congolaises
Le mémorandum signé entre l’UE et le Rwanda en février 2024 a pour objectif officiel de « renforcer la traçabilité et la transparence » des chaînes d’approvisionnement en matières premières critiques, des ressources stratégiques comme le coltan, essentielles pour les technologies modernes. Mais en réalité, cet accord risque fort de légitimer et encourager le pillage systématique des ressources naturelles de la RDC, dont les minerais transitent illégalement par le Rwanda avant d’être exportés vers des marchés mondiaux, et ainsi stimuler davantage la mise en œuvre du plan d’occupation de la partie orientale de la RDC sous couvert du M23.

En poussant l’analyse plus loin, on peut même légitimement s’interroger sur le choix de l’UE de s’allier au Rwanda pour garantir son accès à ces ressources, alors que ce pays ne dispose pas des réserves suffisantes pour répondre aux besoins européens. Pourquoi ne pas traiter directement avec la RDC, qui détient plus de 60 % des réserves mondiales de coltan, concentrées principalement dans le Kivu ? Cela ne fait guère de sens, ni politiquement, ni économiquement, à moins d’inclure la dimension du trafic illicite de minerais dans l’équation.
Un message contradictoire de l’UE
Ce partenariat met en lumière une contradiction flagrante dans la politique de l’Union européenne. D’un côté, Bruxelles impose des sanctions à l’encontre du M23 et de ses soutiens rwandais pour leurs exactions à l’est de la RDC. De l’autre, elle conclut des accords économiques avec le Rwanda, un acteur directement impliqué dans la déstabilisation de la région. Cette incohérence sape les principes que l’UE prétend défendre, notamment les droits de l’homme et la paix régionale.
L’UE complice malgré elle ?
En renforçant ses liens avec le Rwanda, l’Union européenne risque de compromettre gravement sa crédibilité. Pour beaucoup, cet accord équivaut à récompenser un régime qui soutien des groupes armés responsables de massacres en RDC.
Ce choix politique envoie un message dévastateur aux victimes congolaises, et plus largement, à l’ensemble des pays africains qui scrutent cette alliance contre nature.
Dans le contexte des bouleversements géopolitiques en cours en Afrique, ce soutien implicite au Rwanda, pays agresseur de la RDC, constitue un faux pas historique. Non seulement il fragilise la relation entre l’UE et la RDC, mais il risque aussi de nuire durablement aux relations de l’UE avec les autres États de la région des Grands Lacs, qui subissent eux aussi les actions déstabilisatrices du Rwanda.
L’Europe, autrefois perçue comme un acteur impartial, pourrait bien se retrouver complice, malgré elle, de la poursuite du chaos dans cette région déjà tourmentée.
Jean-Luc Habyarimana





















































